Le rapport analyse les défis du système énergétique mondial à travers trois dimensions : la sécurité énergétique, l’équité énergétique, qui englobe l’accès et l’abordabilité, et la durabilité environnementale. Pour le World Energy Council, ces trois exigences doivent désormais être conciliées dans un environnement énergétique devenu plus complexe.
Après une décennie principalement consacrée à la baisse des coûts et au développement des énergies renouvelables, le secteur entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. Il ne s’agit plus seulement de produire davantage d’énergie renouvelable, mais de réussir son intégration dans des systèmes électriques capables de répondre à la demande tout en restant fiables et financièrement accessibles.
L’Afrique se trouve au cœur de cette équation. Le continent doit simultanément répondre à des besoins considérables en matière d’accès à l’électricité, soutenir son développement économique et accompagner la transition vers des systèmes énergétiques moins émetteurs de carbone. Cette situation crée des arbitrages importants entre investissements, prix de l’électricité, développement des infrastructures et objectifs environnementaux.
Le déficit d’accès reste particulièrement marqué. Avec environ 600 millions de personnes privées d’électricité, l’Afrique concentre une part majeure du déficit énergétique mondial. À cette difficulté s’ajoute la faiblesse de nombreux réseaux électriques, dont la résilience est considérée comme inférieure à la médiane mondiale.
Le développement des infrastructures de transport et de distribution apparaît ainsi comme un enjeu central. Produire davantage d’électricité ne suffit pas lorsque les réseaux ne disposent pas des capacités nécessaires pour acheminer cette énergie vers les populations et les entreprises.
Parmi les initiatives destinées à répondre à ce défi figure la « Mission 300 », qui ambitionne de connecter 300 millions de personnes supplémentaires à l’électricité d’ici à 2030. Le programme souligne toutefois l’importance du financement public et des mécanismes de soutien. Dans de nombreuses zones, les populations concernées ne disposent pas des ressources nécessaires pour supporter seules le coût de leur raccordement.
Les expériences menées dans plusieurs pays africains illustrent également la complexité de la situation. Au Nigeria, la réforme des tarifs de l’électricité vise notamment à rapprocher les prix des coûts réels de production et de distribution afin d’améliorer la viabilité financière du secteur. En Ouganda, des difficultés dans le développement des infrastructures de transport électrique mettent notamment en évidence les limites des capacités réglementaires et institutionnelles.
Pour le World Energy Council, les difficultés africaines ne sont donc pas uniquement liées à la disponibilité des ressources énergétiques. Elles concernent également la capacité à mobiliser les financements, développer les réseaux, renforcer les institutions et mettre en place des politiques permettant de concilier accès à l’énergie et viabilité économique.
Le rapport estime ainsi que le « trilemme énergétique » ne peut être résolu une fois pour toutes. L’équilibre entre sécurité énergétique, accès équitable et durabilité environnementale doit être constamment réévalué en fonction de l’évolution des besoins, des technologies, des marchés et des contraintes financières.
Pour l’Afrique, ce rééquilibrage constitue un enjeu majeur de développement. L’extension de l’accès à l’électricité, le renforcement des réseaux et la mobilisation de financements adaptés devront avancer parallèlement à la transition énergétique afin de répondre aux besoins de centaines de millions de personnes encore privées d’un accès régulier à l’électricité.





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