Un dossier foncier de grande ampleur secoue la gendarmerie sénégalaise. Près de 500 éléments de la 38e promotion, réunis au sein d’une coopérative, s’estiment victimes d’une opération immobilière qui aurait porté sur un montant global de 498,5 millions de francs CFA.
Au cœur de cette affaire se trouve un promoteur immobilier identifié sous le nom d’Abdou Ndiaye. Selon les informations recueillies dans le cadre du dossier, les faits remonteraient à 2018, année au cours de laquelle la coopérative aurait été approchée dans le cadre d’un projet immobilier présenté comme devant permettre à ses membres d’accéder à des parcelles ou à des logements.
Le projet aurait été localisé dans une zone située entre Diamniadio, Sébikotane et Dougar. D’après les plaignants, les membres de la coopérative ont progressivement mobilisé des fonds pour financer l’opération, jusqu’à atteindre la somme de 498,5 millions de francs CFA.
Mais plusieurs années après les premiers versements, les bénéficiaires affirment ne jamais avoir reçu les biens immobiliers annoncés. Ils reprochent ainsi au promoteur d’avoir encaissé les sommes versées sans avoir exécuté les engagements qui auraient été pris dans le cadre du projet.
L’affaire prend une dimension supplémentaire en raison de la nature du terrain concerné. Selon les éléments rapportés dans le dossier, le projet aurait été implanté dans une zone présentée comme relevant d’une forêt classée. Une situation qui soulève des interrogations sur le statut juridique des terrains, les autorisations éventuellement délivrées et les différentes étapes administratives ayant précédé la commercialisation du projet.
Les enquêteurs devront notamment déterminer si les terrains pouvaient légalement faire l’objet d’une opération immobilière et dans quelles conditions les différentes démarches administratives auraient été effectuées.
Le rôle éventuel de certains services techniques de l’État fait également partie des questions soulevées dans cette affaire. Les plaignants s’interrogent notamment sur les conditions dans lesquelles le projet aurait pu être présenté, validé ou accompagné par certains services. À ce stade, aucune responsabilité individuelle ne peut toutefois être établie et l’enquête devra précisément déterminer si des agents publics ont joué un quelconque rôle dans le mécanisme dénoncé.
Le dossier ne serait par ailleurs pas totalement nouveau sur le plan judiciaire. Un premier signalement aurait déjà donné lieu à la saisine d’un pool financier. Celui-ci aurait ensuite transmis le dossier à la Section de recherches par le biais d’un « soit transmis ». Selon les informations disponibles, cette procédure n’aurait toutefois pas connu de suite concrète à l’époque.
La réactivation du dossier intervient aujourd’hui avec l’interpellation du promoteur immobilier. Abdou Ndiaye a été arrêté par la brigade centrale de la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol, la DSCOS. Il a ensuite été placé en garde à vue à la brigade de gendarmerie de la Foire.
Cette mesure intervient dans le cadre des investigations destinées à faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles les fonds ont été collectés, sur leur utilisation et sur les éventuelles responsabilités dans la non-réalisation du projet.
Les enquêteurs devront également se pencher sur les éventuelles complicités ou interventions extérieures évoquées par les membres de la coopérative. La question est notamment de savoir si d’autres personnes ont participé à la conception, à la commercialisation ou à la sécurisation administrative du projet.
Pour les membres de la 38e promotion concernés, l’enjeu est considérable. Au-delà du montant de près d’un demi-milliard de francs CFA évoqué dans le dossier, l’affaire concerne un projet présenté comme devant permettre à des agents de la gendarmerie d’accéder à la propriété.
L’affaire relance également le débat sur le contrôle des opérations immobilières et foncières, particulièrement lorsqu’elles concernent des terrains situés dans des zones protégées ou faisant l’objet d’un régime juridique particulier. Elle pose aussi la question du contrôle préalable des projets immobiliers proposés aux coopératives et associations professionnelles.
La procédure devra désormais permettre de déterminer les responsabilités de chacun. La garde à vue du promoteur ne préjuge pas de sa culpabilité, laquelle devra être établie par la justice au terme de la procédure. Les investigations pourraient également permettre de vérifier les déclarations des plaignants, de retracer les mouvements financiers et d’identifier d’éventuels autres protagonistes.
Avec près de 500 membres d’une même promotion concernés et un montant annoncé de 498,5 millions de francs CFA, ce dossier pourrait ainsi devenir l’une des affaires foncières les plus sensibles impliquant une coopérative de membres des forces de défense et de sécurité.





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