Au Sénégal, l’or est une ressource stratégique. Pourtant, une partie de cette richesse circule encore en dehors des circuits qui permettent à l’État d’en assurer le contrôle et d’en tirer des revenus.
C’est là que se trouve le cœur du problème.
Lorsqu’un gramme d’or est extrait clandestinement, échangé sans traçabilité et vendu en dehors des circuits réglementés, ce n’est pas seulement une règle administrative qui est contournée. C’est toute une chaîne de valeur qui échappe à l’économie nationale.
Pas de fiscalité. Pas de traçabilité. Peu de contrôle. Et surtout, une richesse qui ne produit pas pleinement les retombées qu’elle pourrait générer pour le pays.
À Kédougou, Sabodala Gold Operations constitue un exemple d’exploitation aurifère évoluant dans un cadre formel et réglementé.
L’intérêt de cet exemple n’est pas d’opposer l’exploitation industrielle aux populations qui pratiquent l’orpaillage. Il permet surtout de rappeler une évidence : lorsque l’exploitation de l’or est organisée, encadrée et contrôlée, la ressource peut s’inscrire dans une chaîne économique identifiable et contribuer à l’économie nationale.
C’est précisément ce qui fait défaut lorsque l’or disparaît dans les circuits clandestins.
L’or doit produire davantage que de l’or
Une politique minière responsable ne devrait pas se limiter à extraire le métal précieux. Elle doit permettre de transformer la ressource en développement.
Cela suppose des emplois déclarés, des fournisseurs nationaux, des recettes fiscales, des investissements locaux et une activité économique structurée autour des territoires miniers.
C’est précisément cette différence qui doit être comprise : l’exploitation légale ne consiste pas simplement à sortir de l’or du sol. Elle consiste à faire entrer la richesse créée par cet or dans l’économie nationale.
À l’inverse, l’orpaillage clandestin entretient une économie difficile à mesurer et encore plus difficile à contrôler.
Qui gagne réellement lorsque l’or disparaît des circuits officiels ?
La question mérite d’être posée sans détour.
Derrière les milliers de personnes qui cherchent simplement à gagner leur vie se trouvent aussi des circuits commerciaux, des intermédiaires et des réseaux capables de récupérer la valeur produite sur les sites.
La responsabilité ne doit donc pas être rejetée uniquement sur les petits exploitants.
Il faut remonter la chaîne.
Qui finance ? Qui achète ? Qui transporte ? Qui transforme ? Qui exporte ? Et surtout, où va réellement l’or extrait ?
C’est à ces questions que doit répondre une véritable politique de lutte contre l’orpaillage clandestin.
Formaliser plutôt que simplement réprimer
La réponse ne peut pas être uniquement policière.
Il faut offrir aux populations concernées des alternatives crédibles et permettre, lorsque cela est possible, la formalisation des activités. Mais cette formalisation doit aller de pair avec des contrôles stricts, des obligations environnementales et une véritable traçabilité de l’or.
Le Sénégal ne peut pas accepter que ses ressources naturelles alimentent une économie parallèle pendant que l’État cherche des recettes pour financer ses politiques publiques.
L’or appartient au sous-sol sénégalais. Mais sa valeur doit aussi appartenir à l’économie sénégalaise.
À Kédougou comme ailleurs, le débat ne devrait donc plus être seulement : combien d’or avons-nous extrait ?
La vraie question est :
combien de richesses cet or a-t-il réellement laissé au Sénégal ?
C’est à cette question que l’État, les opérateurs économiques et l’ensemble de la chaîne aurifère doivent désormais répondre.






Commentaires (0)
Soyez le premier à commenter cet article.