Au-delà de la passe d'armes politique, la conférence de presse du Premier ministre Al Aminou Lo, ce dimanche 25 octobre, a surtout été l'occasion d'une longue défense chiffrée de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, rejetée en commission par la majorité Pastef. Recettes, subventions, investissements, arriérés intérieurs : le chef du gouvernement a détaillé les arbitrages de l'exécutif, rapportent Seneweb et PressAfrik.
Trois contraintes, un choc énergétique
Le Premier ministre a d'abord rappelé que le budget initial avait été adopté sous le précédent gouvernement et que la LFR vise à l'adapter aux évolutions intervenues depuis. Il a cité trois contraintes majeures : une baisse des recettes estimée à 340 milliards de FCFA, des besoins supplémentaires de 540 milliards de FCFA liés principalement aux subventions énergétiques et au renforcement des moyens des forces de défense et de sécurité, et la nécessité de contenir un déficit déjà élevé.
« Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est la vérité des comptes et la responsabilité des choix », a martelé le Premier ministre, qui qualifie la LFR de « nécessité objective ». Selon lui, le renchérissement des cours mondiaux du pétrole, le baril étant passé de 69 à près de 100 dollars, a lourdement pesé sur les finances publiques, rapporte PressAfrik.
Face à cette flambée, l'exécutif revendique un choix : absorber une partie du choc plutôt que de le répercuter intégralement sur les ménages. Les subventions énergétiques sont ainsi portées à 790 milliards de FCFA, au lieu des 250 milliards initialement prévus. « L'une des options consistait à tout faire passer chez les populations sénégalaises. On n'aurait pas augmenté les subventions. Mais en toute responsabilité, nous avons fait supporter la charge au budget de l'État pour ne pas faire passer le choc pétrolier sur les Sénégalais », a-t-il expliqué. Pour dégager des marges, le gouvernement a passé au crible les investissements. « Nous avons dit, on va regarder les projets qui ne délivrent pas », a expliqué Al Aminou Lo.
555 milliards « différés », pas annulés
C'est le point le plus sensible : la baisse de 555 milliards de FCFA des crédits d'investissement. Le Premier ministre récuse toute idée d'abandon. Selon lui, la coupe porte sur les crédits de paiement, c'est-à-dire les sommes à décaisser cette année, et non sur les autorisations d'engagement, qui permettent à l'État de s'engager sur plusieurs années. « C'est juste un investissement différé à l'année prochaine », a-t-il assuré, jugeant peu responsable de maintenir des crédits pour des opérations dont les études ne sont pas achevées.
Il a affirmé que plusieurs projets structurants se poursuivront en 2027, notamment des projets hospitaliers à Mbour, Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et Bakel, ainsi que l'assainissement de Touba.
300 milliards pour la dette intérieure
Autre annonce : l'inscription de 300 milliards de FCFA dans la LFR pour régler une partie des arriérés de paiement de l'État envers les entreprises et les fournisseurs, dont le montant global atteindrait 1 956 milliards de FCFA selon le Premier ministre. « Ne pas voter la LFR, c'est empêcher en plus les bâtiments et les travaux publics de recouvrer de la trésorerie, de reprendre un chantier interrompu, de payer ses fournisseurs et de renouveler des équipements », a-t-il averti, en insistant aussi sur la préservation des salaires, de la sécurité et de la protection sociale.
Bourses familiales doublées, train de vie réduit
Répondant aux cinq préalables posés par le groupe Pastef, Al Aminou Lo a résumé sa ligne : « Notre arbitrage, c'est les priorités sociales sous contrainte de l'investissement public. » Il a cité les bourses de sécurité familiale, dont l'enveloppe passe de 35 à 70 milliards de FCFA en 2026, avec un objectif de 140 milliards en 2027, et un nombre de ménages bénéficiaires appelé à passer d'environ 400 000 en 2026 à un million en 2027. Il a rejeté l'idée d'une mesure à visée politique.
Sur les 120 milliards de FCFA du mécanisme d'urgence de la Banque mondiale, il a défendu leur affectation au secteur énergétique et aux bourses familiales, conforme selon lui à l'objet du dispositif. Concernant le train de vie de l'État, il affirme que les crédits de fournitures, consommables, séminaires et cérémonies ont été réduits de 50 à 80 % dans plusieurs services, hors secteurs sociaux.
Agences et crédits spéciaux : « Prenez le soin de vérifier »
Sur la rationalisation des 19 entités publiques visées, le Premier ministre refuse de se précipiter. « On nous demande de dissoudre ces entités. Mais ce sont des Sénégalais, des pères et des mères de famille qu'on va nous précipiter à balancer à la rue », a-t-il déclaré, selon PressAfrik, évoquant un travail d'évaluation pour redéployer le maximum d'agents. Il a défendu les crédits spéciaux, utiles selon lui pour des urgences comme certaines évacuations sanitaires, tout en se disant ouvert à une discussion sur leur encadrement.
Dénonçant de « fausses informations » sur la dette et des arguments qu'il juge « populistes », il a lancé : « Ce n'est pas parce qu'une personne dit quelque chose que c'est la vérité. Prenez le soin de vérifier. » Il s'est engagé à rendre publics les documents d'arbitrage budgétaire. « Une nation avance lorsqu'elle sait regarder ses difficultés sans renoncer à son avenir », a-t-il conclu.






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