Présentés lors d’un forum organisé par le CREILHAC, en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer, les résultats de cette étude intitulée « Post-conflit et retour des déplacés : le rôle de l’État » ont permis d’ouvrir le débat sur les conditions nécessaires à un retour durable et sécurisé des populations affectées par le conflit.
La rencontre a réuni des universitaires, des élus locaux, des acteurs communautaires et plusieurs parties prenantes engagées dans les problématiques liées à la paix et au développement en Casamance.
En présentant les principaux enseignements de l’étude, Paul Diédhiou, enseignant-chercheur au département de sociologie de l’UFR Sciences économiques et sociales de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, a insisté sur la nécessité pour la recherche universitaire de rester connectée aux réalités vécues par les populations.
« L’université ne doit pas être une tour d’ivoire », a-t-il rappelé, estimant que les chercheurs doivent aller à la rencontre des communautés, identifier les difficultés auxquelles elles sont confrontées et formuler des recommandations susceptibles d’aider les pouvoirs publics à apporter des réponses adaptées.
Depuis 2020, l’équipe de recherche mène plusieurs travaux consacrés aux problématiques de la Casamance. À partir de 2025, elle a choisi de mettre davantage l’accent sur la période post-conflit et sur les conditions de retour des personnes déplacées et réfugiées.
Les investigations réalisées sur le terrain font ressortir, dans plusieurs localités, un besoin de renforcement de l’accompagnement de l’État. Dans certains villages, notamment dans les zones frontalières, les populations estiment ne pas encore ressentir suffisamment la présence des pouvoirs publics et les effets des programmes de reconstruction et de réinstallation.
Des infrastructures scolaires et sanitaires ont certes été réhabilitées dans certaines zones, tandis que des forages ont également été réalisés. Mais les besoins restent importants dans d’autres localités.
Pour Paul Diédhiou, la poursuite des investissements publics est indispensable pour rassurer les populations et créer les conditions d’un retour durable. « Il faut vraiment que l’État soit présent pour rassurer justement les populations et impulser le développement de ces localités », a-t-il déclaré.
Parmi les préoccupations soulevées par l’étude, la question foncière apparaît comme l’un des dossiers les plus sensibles. Pendant les années de déplacement, certaines terres abandonnées par leurs propriétaires ont été occupées et exploitées par d’autres personnes. Des plantations d’anacardiers et des vergers d’agrumes ont notamment été développés sur certaines parcelles.
Avec le retour des anciens occupants, des revendications peuvent alors apparaître autour de la propriété, de l’exploitation et de l’usage des terres. Cette situation nécessite, selon les chercheurs, une anticipation et un traitement concerté afin d’éviter que le retour des populations ne débouche sur de nouvelles tensions entre communautés ou entre anciens et nouveaux occupants.
L’accès à l’état civil constitue également un défi majeur. Des enfants nés durant les périodes de déplacement, notamment en Guinée-Bissau, ne disposent pas toujours d’actes de naissance. Les audiences foraines organisées par les pouvoirs publics ont permis de régulariser certaines situations. Une première opération n’aurait toutefois pas permis de répondre à l’ensemble des besoins, tandis qu’une seconde phase aurait enregistré des résultats plus satisfaisants.
Pour les chercheurs, la régularisation de l’état civil demeure fondamentale puisqu’elle conditionne l’accès des populations aux droits civiques et sociaux ainsi qu’à de nombreux services publics.
Au-delà des infrastructures et des questions administratives, l’étude met également en évidence une dimension moins visible du post-conflit : les traumatismes psychologiques. Des années de violence, de déplacements forcés, de pertes et d’incertitudes ont laissé des traces au sein des communautés.
Pour Paul Diédhiou, la consolidation de la paix passe donc également par une meilleure prise en compte de ces traumatismes. Il préconise la mise en place d’études et de dispositifs permettant aux populations de raconter leur vécu, d’exprimer leurs souffrances et, lorsque cela est nécessaire, de bénéficier d’un accompagnement adapté.
La question économique et la culture du cannabis ont également été évoquées lors du forum. Paul Diédhiou estime qu’une étude socio-économique pourrait être menée en collaboration avec l’ANRAC et d’autres acteurs afin de mieux comprendre les facteurs qui favorisent la culture du cannabis dans certaines zones.
Pour le chercheur, la lutte contre cette activité doit également passer par la mise en place d’alternatives économiques crédibles. « Il faut trouver aussi des sources économiques pour pouvoir les inciter à abandonner la culture du cannabis », a-t-il souligné.
Présent lors du forum, Ousmane Mansaly, maire de Yaran, dans le département de Goudomp, sous-préfecture de Simbandi Brassou, a livré un témoignage sur les conséquences du conflit dans sa collectivité.
L’élu local dit espérer que les résultats de l’étude ne resteront pas au stade de la recherche, mais déboucheront sur des actions concrètes. Il a rappelé que les chercheurs se sont rendus sur le terrain en 2025, puis récemment, afin de recueillir les témoignages des populations et de documenter leur vécu.
Pour le maire, les conclusions de ces travaux doivent désormais être transmises aux autorités locales et centrales afin de contribuer à la prise de décision.
Ousmane Mansaly a également évoqué l’évolution géographique du conflit. Selon son témoignage, à partir de 1997, celui-ci s’est progressivement déplacé vers l’est, notamment dans le département de Goudomp et dans la zone de Samine.
Au terme du forum, une conviction semble se dégager : le retour des déplacés constitue certes un signe important de sortie de crise, mais il ne peut être considéré comme l’aboutissement du processus de paix.
La réussite de la réinstallation dépendra également de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs locaux à répondre aux problèmes fonciers, à renforcer l’accès aux services sociaux, à régulariser l’état civil, à soutenir les activités économiques et à prendre en compte les traumatismes liés aux années de conflit.
En Casamance, l’après-conflit ne se résume donc plus au retour physique des populations dans leurs villages. Il s’agit désormais de reconstruire les territoires, restaurer la confiance, sécuriser l’accès à la terre, créer des perspectives économiques et consolider durablement la réconciliation entre les communautés.





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