Une capitale sous les drones mais un sommet maintenu à tout prix
La tenue du sommet intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé. Le 20 septembre, la Russie a affirmé avoir intercepté plus de 1 600 drones ukrainiens lors d'une importante attaque visant notamment la région de Moscou. Des infrastructures ont été touchées et trois personnes sont mortes dans la région, selon les autorités russes. Le 6 octobre, soit quelques semaines avant le sommet, Moscou et sa région ont de nouveau été visées par une attaque massive. Le maire de Moscou a déclaré que plus de 650 drones avaient été lancés contre la capitale et ses environs. Deux personnes ont été tuées et plusieurs bâtiments endommagés selon les autorités locales.
Face à cette succession d'attaques, plusieurs capitales africaines auraient demandé aux organisateurs russes des garanties supplémentaires pour la sécurité de leurs délégations. Une délégation d'Afrique de l'Est aurait même proposé de réduire le nombre de ses représentants et de privilégier une participation à distance. Moscou aurait refusé ces demandes, considérant qu'une présence physique complète était nécessaire pour « préserver le niveau politique » du sommet.
Alors que Moscou parle de partenariat mutuel et « d'équilibre des intérêts », ces réactions interrogent. Les États africains sont-ils réellement libres de déterminer eux-mêmes les modalités de leur participation ou doivent-ils se conformer au format voulu par Moscou ?
Moscou affirme défendre la souveraineté africaine tout en fixant le cadre du sommet
Le paradoxe est au cœur de la communication russe.
Le 30 septembre, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que Moscou constatait des tentatives occidentales visant à faire pression sur les partenaires africains afin de les empêcher de venir au sommet. La déclaration intervient alors que Moscou cherche à faire du sommet un rendez-vous majeur de sa relation avec le continent où un ensemble d'accords intergouvernementaux et commerciaux doivent être signés.
Dans les préparatifs du sommet, certaines capitales africaines auraient toutefois découvert que Moscou souhaitait également influencer le niveau de représentation de chaque pays. Le 14 septembre, le chargé d'affaires russe à Madagascar rencontre le président Michael Randrianirina pour discuter de la participation de la délégation malgache au sommet, ainsi que de contacts à différents niveaux, notamment interministériels. Selon une source diplomatique malgache, la délégation sera représentée à différents niveaux, y compris interministériels. Une source diplomatique africaine aurait également affirmé que certaines rencontres bilatérales pourraient être réservées aux délégations dirigées par des ministres ou des chefs d'État.
Derrière son discours de partenariat gagnant-gagnant, Moscou cherche à imposer sa lecture du continent et de son histoire. De la composition des délégations aux sujets abordés, la Russie oriente les choix africains dans le sens de ses propres intérêts. L'Afrique ne serait alors plus seulement invitée à coopérer avec Moscou, mais à adopter le récit et la vision du monde que le Kremlin souhaite promouvoir. La souveraineté des Etats africains n'est respectée que lorsqu’elle sert les intérêts moscovites.






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