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Société

Arrestation d’un officier : Le témoignage oublié du commandant Abdoulaye Alphonse Ndiaye

Dakar, 1967. Ce qui devait être la carrière prestigieuse d’un officier sénégalais se transforma en cauchemar politique. Abdoulaye Alphonse Ndiaye, né en 1928 à Sainte-Waly, ancien soldat de l’armée française et premier commandant du Corps national des…

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Arrestation d’un officier : Le témoignage oublié du commandant Abdoulaye Alphonse Ndiaye

Dakar, 1967. Ce qui devait être la carrière prestigieuse d’un officier sénégalais se transforma en cauchemar politique. Abdoulaye Alphonse Ndiaye, né en 1928 à Sainte-Waly, ancien soldat de l’armée française et premier commandant du Corps national des sapeurs-pompiers, raconte comment il fut inculpé dans une affaire de complot contre le président Léopold Sédar Senghor, alors qu’il affirme n’en connaître ni les auteurs ni les motivations.

D’un militaire modèle aux marges du pouvoir

Engagé à 18 ans dans l’armée française après l’école militaire de Saint-Louis, Ndiaye sert sur plusieurs théâtres d’opérations : Indochine, Guinée, Niger, France, Dahomey…

À l’indépendance, il est transféré dans l’armée malienne puis sénégalaise, « sans consentement », mais avec fierté, convaincu d’assister à la naissance d’États libres.

Il gravit les échelons jusqu’à sa nomination, en 1965, à la tête du tout jeune Corps national des sapeurs-pompiers. Sa mission : réorganiser une unité en ruine, mal équipée et lourdement endettée. Mais ses efforts sont entravés par un ministre hostile, qu’il accuse d’humiliation et de règlements de comptes. Épuisé, il demande sa mutation le 31 décembre 1966.

Il ne le sait pas encore : sa disgrâce ne fait que commencer.

24 mars 1967 : l’arrestation

À Saint-Louis, un télégramme tombe : on l’ordonne de prendre un avion en tenue civile. Méfiant, Ndiaye embarque malgré tout en uniforme.

À Dakar, deux officiers armés l’attendent. Il comprend qu’il se passe quelque chose lorsqu’ils lui ordonnent de se changer immédiatement.

Il refuse. Il quitte le véhicule, prend un taxi et se rend lui-même à la police centrale.

« Cette piètre façon de traiter un officier révoltera, j’en suis sûr, la conscience de beaucoup de citoyens honnêtes », écrit-il plus tard.

Interrogatoires et faim

Assis face à un inspecteur « en treillis sale, bottes poussiéreuses, journal sur la table », il découvre dans la presse la raison de sa convocation : un attentat manqué contre le président Senghor. On parle de “Diaïstes”, proches de l’ancien président du Conseil Mamadou Dia, emprisonné depuis 1962 après son conflit politique avec Senghor. Ndiaye n’en connaît que deux, de loin.

Il demande à manger. On l’accuse alors de vouloir se saouler. Ce n’est qu’après consultation de l’état-major qu’il obtient un sandwich et une bière.

Pendant cinq jours, on l’interroge sans relâche. On tente de le fatiguer, on le confronte à des inconnus. Il refuse d’avouer ce qu’il affirme ignorer.

« Ils essayaient de me travailler les nerfs avant de passer au sérieux », notera-t-il.

Le choc du parquet

Le 28 mars, il est présenté au juge d’instruction. Il y retrouve d’autres officiers, parmi eux les colonels Faye et Soumaré. Dans la grille du parquet, un jeune homme menotté attire l’attention : Moustapha Lô, celui qui aurait tenté de tuer Senghor deux ans plus tôt.

Mais un autre détenu glace l’assistance : Dra, cheveux brûlés, visage défait, « sous le choc du traitement électrique ». Les signes visibles de la torture avaient remplacé les interrogatoires.

Tous reçoivent un mandat de dépôt.

Direction : le Fort B

Peu après minuit, transportés dans un « panier à salade », Ndiaye et les autres militaires sont séparés des civils détenus au camp pénal de Hann. Eux sont acheminés dans une prison secrète, souterraine, connue sous le nom de Fort B.

Son crime ? Ne pas avoir dénoncé un complot dont il ignorait tout.

Un témoignage sur l’État sécuritaire post-indépendance

Le récit du commandant Ndiaye éclaire une période taboue de l’histoire sénégalaise : la consolidation du pouvoir dans un climat de méfiance, la surveillance militarisée, et les dérives d’un État jeune hanté par le spectre des coups d’État.

Aujourd’hui, ses mots résonnent comme une invitation à compléter la mémoire collective : celle des oubliés de l’indépendance.

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