Le processus de sélection du prochain secrétaire général des Nations unies est officiellement entré dans une phase décisive. Jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU a organisé son premier « vote indicatif », une consultation à huis clos destinée à mesurer le niveau de soutien dont bénéficient les sept candidats en lice pour succéder à Antonio Guterres.
À l’issue de ce scrutin informel et non contraignant, les quinze membres du Conseil de sécurité doivent permettre de dégager les premières tendances de cette course diplomatique qui s’annonce particulièrement disputée. Le vote constitue surtout un premier baromètre des rapports de force, alors que les grandes puissances n’ont, pour l’heure, affiché aucune préférence officielle.
Le scrutin s’est tenu à 10 h 30, heure locale, soit 16 h 30 GMT, dans le cadre d’une réunion à huis clos. Chaque membre du Conseil devait attribuer anonymement à chacun des candidats l’une des trois appréciations prévues : « encourage », « décourage » ou « sans opinion ». Cette procédure doit permettre d’identifier les candidats susceptibles de recueillir suffisamment de soutiens pour poursuivre la compétition dans les prochains tours.
Sept personnalités sont actuellement candidates à la succession d’Antonio Guterres, dont le deuxième mandat de cinq ans doit s’achever le 31 décembre. La compétition présente une configuration particulière avec quatre femmes et trois hommes en lice.
Parmi les prétendants figurent l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l’ancienne ministre équatorienne et ex-présidente de l’Assemblée générale de l’ONU Maria Fernanda Espinosa, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Grossi, la Costaricaine Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, l’Ougandais Olara Otunnu, l’ancienne ministre guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett et l’ancien président sénégalais Macky Sall.
Si le nom de Rafael Grossi revient régulièrement dans les spéculations diplomatiques, aucun candidat ne semble pour l’instant se détacher clairement. La compétition reste donc ouverte et pourrait se prolonger pendant plusieurs mois avant qu’un consensus ne se dégage.
Au-delà du nombre de soutiens obtenus lors des consultations, les candidats devront surtout composer avec la mécanique particulière du Conseil de sécurité. Pour être recommandé par cet organe, un candidat doit obtenir le soutien d’au moins neuf des quinze membres. Mais cette majorité n’est pas suffisante : il doit également éviter le veto de l’un des cinq membres permanents, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni.
Cette réalité confère aux cinq grandes puissances un rôle déterminant dans l’issue du processus. À ce stade, aucune d’entre elles n’a officiellement révélé ses préférences, alors que les divergences entre ces États sur de nombreux dossiers internationaux rendent particulièrement délicate la recherche d’un consensus.
La dimension géographique constitue également un élément important de la compétition. Selon une pratique diplomatique qui n’est toutefois pas systématiquement respectée, la présidence de l’ONU revient traditionnellement, à tour de rôle, aux différentes régions du monde. Cette fois, plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes estiment que leur région est en droit de revendiquer le poste. Cette revendication explique en partie la forte présence de candidats latino-américains dans la course.
À cette revendication régionale s’ajoute une autre priorité défendue par plusieurs États membres : voir, pour la première fois dans l’histoire de l’organisation, une femme accéder au poste de secrétaire générale des Nations unies. Le Panama a notamment fait de ces deux enjeux des priorités de sa diplomatie dans le cadre de cette succession.
« L’Amérique latine et les Caraïbes » ainsi que l’élection d’une femme constituent les deux priorités mises en avant par le représentant panaméen auprès de l’ONU, Eloy Alfaro de Alba, selon des propos rapportés par l’AFP.
Le processus de sélection a déjà franchi une première étape avec les auditions de six des sept candidats. Ceux-ci ont été interrogés publiquement par l’Assemblée générale des Nations unies et ont également participé à des échanges à huis clos avec les membres du Conseil de sécurité. Olara Otunnu, dont la candidature a été annoncée récemment, doit encore être entendu dans le cadre de cette procédure.
Le vote indicatif de jeudi ne désigne donc pas un vainqueur et ne constitue pas un scrutin définitif. Il permet néanmoins de mesurer les rapports de force et pourrait entraîner, dans les prochaines semaines, le retrait de certains candidats ou au contraire renforcer ceux qui apparaîtront comme les mieux placés.
Après plusieurs années marquées par les crises géopolitiques, les guerres, les tensions entre grandes puissances et les difficultés du multilatéralisme, le choix du prochain secrétaire général revêt une importance particulière. Celui-ci devra être capable de dialoguer avec des blocs de plus en plus antagonistes tout en défendant le rôle central des Nations unies sur la scène internationale.
Le Conseil de sécurité poursuivra ainsi ses consultations jusqu’à l’émergence d’un candidat suffisamment consensuel. Une fois son choix arrêté, le Conseil devra transmettre sa recommandation à l’Assemblée générale, seule habilitée à approuver formellement la nomination du futur secrétaire général. D’ici là, la bataille diplomatique ne fait que commencer.





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