L’une des procédures les plus sensibles et les plus tentaculaires de ces derniers mois au Sénégal vient de franchir une nouvelle étape judiciaire. Selon le quotidien Libération, le doyen des juges a ordonné le renvoi devant la Chambre criminelle de l’ensemble des personnes mises en examen dans le dossier surnommé des « formateurs au sexe ». Une décision qui ouvre désormais la voie à un procès, après plusieurs mois d’investigations menées au Sénégal et en France.
Parmi les personnes renvoyées devant la juridiction criminelle figurent notamment Pierre Robert, Amath Lô, Malick Sène Guèye, Birame Senghor, Babacar Diallo, Aliou Goudiaby, Moussa Ba, Abdou Lakram Gaye, Jules Ibrahima Tavares, Serigne Dame Mbom, Mamadou Badiane, Seydou Sangharé, Abdoulaye Sall Dieng et Papis Danfa, ainsi qu’un autre mis en cause cité dans la procédure.
Le dossier repose sur une série de qualifications pénales particulièrement lourdes. Les investigations portent notamment sur des faits présumés d’association de malfaiteurs, de traite d’êtres humains en bande organisée, de proxénétisme en bande organisée, de transmission volontaire du VIH/Sida, de viol sur mineur, de pédophilie, d’actes contre nature, ainsi que de détention et d’usage de stupéfiants, notamment du crack. Ces qualifications devront toutefois être examinées et débattues devant la Chambre criminelle, les personnes renvoyées bénéficiant de la présomption d’innocence jusqu’à une éventuelle décision définitive de condamnation.
Une enquête partie de France
L’affaire trouve son origine en France, où les enquêteurs se seraient intéressés aux activités d’un réseau présumé impliquant Pierre Robert, présenté dans la procédure comme l’un des personnages centraux du dossier.
Les investigations françaises auraient notamment porté sur des mineurs âgés de 3 à 15 ans, dont certains seraient issus de familles particulièrement défavorisées. Selon les éléments rapportés par Libération, des personnes qualifiées de « formateurs sexuels » auraient été chargées de préparer de jeunes garçons à des pratiques sexuelles avec des clients homosexuels de Pierre Robert.
C’est l’exploitation des données contenues dans plusieurs téléphones portables qui aurait ensuite permis aux enquêteurs de remonter jusqu’au Sénégal. Les communications, messages et différents échanges analysés dans le cadre de l’enquête auraient fait apparaître des liens entre Pierre Robert et plusieurs personnes installées au Sénégal.
Une commission rogatoire internationale aurait alors permis aux autorités judiciaires de poursuivre les investigations sur le territoire sénégalais. Plusieurs suspects ont été identifiés puis interpellés. Des perquisitions ont également été menées et ont abouti à la saisie de téléphones portables ainsi que de différents objets intégrés à la procédure.
Les relations avec Pierre Robert au cœur des interrogatoires
Au fil de l’instruction, les relations entretenues avec Pierre Robert ont constitué l’un des principaux axes de l’enquête. Celui-ci aurait vécu au Sénégal et noué des liens avec plusieurs des personnes aujourd’hui renvoyées devant la Chambre criminelle.
Les interrogatoires ont notamment porté sur la nature de ces relations, les communications échangées et les éventuelles rencontres organisées entre les différents protagonistes. Plusieurs mis en cause auraient reconnu avoir connu ou fréquenté Pierre Robert, tout en contestant catégoriquement avoir participé à un quelconque système organisé d’exploitation sexuelle.
Malick Sène Guèye aurait ainsi été interrogé sur ses rapports avec Pierre Robert et sur plusieurs échanges téléphoniques examinés par les enquêteurs. Il aurait cherché à établir une distinction entre ses relations personnelles avec celui-ci et les activités criminelles présumées décrites dans le dossier.
Amath Lô aurait également été confronté à des éléments issus de l’exploitation de la téléphonie. Plusieurs échanges attribués à Pierre Robert auraient été examinés, notamment ceux faisant référence à des rencontres à caractère sexuel.
Les enquêteurs se sont également intéressés aux liens supposés entre Pierre Robert et d’autres mis en cause, notamment Birame Senghor, Moussa Ba, Seydou Sangharé ou encore Jules Ibrahima Tavares. Interrogés sur leurs relations avec les différents protagonistes, certains auraient reconnu des relations sexuelles avec des hommes, tout en niant toute participation à des faits impliquant des mineurs ou à une entreprise organisée d’exploitation sexuelle.
Pierre Robert aurait lui-même reconnu certains faits ou certaines relations, tout en contestant d’autres accusations, notamment celles portant sur des mineurs.
Des transferts d’argent examinés par les enquêteurs
L’instruction s’est également intéressée aux mouvements financiers entre Pierre Robert et certains protagonistes. Des transferts d’argent effectués notamment par l’intermédiaire de Western Union ont été versés au dossier.
Les personnes concernées auraient fourni différentes explications concernant la destination et la nature de ces sommes. Ces opérations financières ont néanmoins été examinées par les enquêteurs afin de déterminer si elles pouvaient être mises en relation avec les activités présumées du réseau.
Après avoir analysé les témoignages, les communications téléphoniques, les éléments matériels recueillis lors des perquisitions ainsi que les différents mouvements financiers, le doyen des juges a finalement considéré que les charges réunies étaient suffisantes pour ordonner le renvoi de l’ensemble des mis en cause devant la Chambre criminelle.
Le dossier entre ainsi dans une nouvelle phase. Après l’enquête et l’instruction, c’est désormais à la juridiction criminelle qu’il reviendra d’examiner les éléments de preuve, d’entendre les accusés et les éventuelles parties civiles, puis de déterminer, au terme des débats, les responsabilités pénales de chacun.





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