Après des mois de spéculations, le président Bassirou Diomaye Faye acte la création de KIIRAAY – La Patrie d’abord / Les Patriotes Républicains. Entre volonté de structurer la majorité, gestion de l’héritage de PASTEF et appel à l’union nationale, ce nouveau parti pourrait redistribuer les cartes à cinq ans de la prochaine présidentielle.
Depuis son accession au pouvoir, le président Faye s’appuie sur une coalition hétéroclite. Avec KIIRAAY, l’objectif semble clair : donner un cadre partisan officiel au « Projet Sénégal 2050 ». Il s’agit de sortir de la logique de mouvement pour entrer dans celle d’un parti capable d’encadrer, de former et de mobiliser ses militants. Le message se veut rassembleur, avec un appel aux « patriotes attachés aux valeurs républicaines », au-delà des étiquettes politiques.
Entre continuité, héritage et défis pour 2026-2029
KIIRAAY se positionne comme le « parti du président ». Son pari consiste à devenir la colonne vertébrale de la majorité tout en conservant un discours d’ouverture et de rassemblement.
Le parti s’inscrit dans l’héritage de PASTEF, tout en cherchant à s’en distinguer. Il reprend le vocabulaire de la souveraineté, de la rupture et de la justice, tout en mettant davantage l’accent sur la « consolidation des institutions républicaines » et le « dialogue ». Un glissement de posture qui traduit le passage d’une logique d’opposition radicale à celle de l’exercice du pouvoir et de la gouvernance.
Cette mue pourrait toutefois créer des tensions. Pour les historiques du projet politique, KIIRAAY peut apparaître comme une dilution des fondamentaux initiaux. Pour les nouveaux venus, il peut, au contraire, constituer une garantie de respectabilité, de stabilité et d’ouverture.
Le président Bassirou Diomaye Faye devra donc réussir à faire cohabiter deux récits : celui de la rupture, porté par l’histoire du projet politique dont il est issu, et celui de la stabilité institutionnelle désormais incarnée par la présidence.
Les défis sont nombreux. Sur le plan interne, il faudra éviter que KIIRAAY soit perçu comme un instrument de cooptation susceptible de frustrer les historiques du projet et certains alliés. Sur le plan externe, le nouveau parti devra parvenir à élargir sa base, à séduire les déçus et les non-alignés, sans donner l’image d’un parti-État.
Avec KIIRAAY, Diomaye Faye semble ainsi choisir la voie de l’institutionnalisation. Le parti constitue à la fois un outil de structuration politique et un signal fort envoyé à l’ensemble de la classe politique.
Sa réussite dépendra toutefois de sa capacité à incarner le renouveau promis sans reproduire les travers de l’ancien système. Les prochains mois permettront de mesurer si KIIRAAY parvient à s’imposer comme une véritable force d’adhésion et de mobilisation ou s’il restera perçu comme un simple label présidentiel.
Moustapha Ndiaye
Journaliste





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