Le Sénégal entend désormais accélérer la transformation de ses ambitions en résultats concrets dans le domaine du contenu local. C’est dans cette perspective que l’Amicale des Ingénieurs Diplômés de l’École Nationale Supérieure des Mines et de la Géologie (ADEMIG) a organisé, ce samedi, une Journée nationale de réflexion consacrée aux enjeux de l’intégration des entreprises et compétences sénégalaises dans l’industrie extractive.
Placée sous le thème « Le contenu local comme moteur de transformation durable : promotion, enjeux et défis », la rencontre a réuni plusieurs acteurs majeurs des secteurs minier, pétrolier, gazier et du BTP. Des représentants de Sabodala Gold Operations, de la Société des Mines du Sénégal (SOMISEN), de SGNS, CORICA, PETROSEN, MODEC, Gorée Offshore, SEPCO et Helix SEN ont notamment pris part aux échanges.
La cérémonie s’est tenue sous le haut patronage du ministre des Mines et de la Géologie, Cheikhou Oumar Seck, en présence notamment de Mor Bakhoum, secrétaire technique du Comité national de suivi du contenu local (CNSCL), et du président de l’ADEMIG, le docteur Diao.
À l’ouverture des travaux, le ministre a rendu hommage aux pionniers de l’industrie extractive présents dans la salle, saluant leur contribution au développement du secteur et leur rôle dans la transmission des connaissances aux jeunes générations. Cheikhou Oumar Seck a également expliqué les raisons de sa présence à cette rencontre, indiquant avoir dû renoncer à sa participation à la cérémonie officielle de réception de la flamme olympique pour répondre à cette activité, sur instruction de l’autorité. Une décision qu’il a présentée comme une illustration de l’importance accordée par les plus hautes autorités au développement de l’industrie extractive et à la question du contenu local.
Au-delà des discours, la rencontre a surtout permis de mettre en lumière le paradoxe auquel le Sénégal demeure confronté : alors que le pays dispose de ressources minières, pétrolières et gazières de plus en plus importantes, une part considérable de la valeur générée par leur exploitation continue de sortir du territoire national.
Le ministre s’est appuyé sur les données du dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), portant sur l’année 2024. Selon ces chiffres, 86,4 % de la valeur de la production extractive a quitté le territoire national, tandis qu’un peu moins de 14 %, soit environ 179 milliards de francs CFA, est resté dans l’économie sénégalaise.
Pour Cheikhou Oumar Seck, ces données doivent davantage être considérées comme un indicateur permettant de mesurer le chemin restant à parcourir que comme un réquisitoire contre les entreprises opérant dans le secteur. L’objectif, selon lui, doit désormais être de réduire progressivement cet écart en renforçant la participation des acteurs nationaux à l’ensemble de la chaîne de valeur.
Le ministre a néanmoins relevé une évolution jugée encourageante. Pour la première fois en 2024, les achats de biens et services effectués par les entreprises extractives auprès de fournisseurs sénégalais ont dépassé ceux réalisés auprès de fournisseurs étrangers. Le volume de ces achats a atteint environ 1 100 milliards de francs CFA, portant ainsi la part nationale à plus de 50 %.
Une progression qui constitue, à ses yeux, un signal positif dans la mise en œuvre de la politique de contenu local. Mais le ministre a appelé à ne pas s’arrêter au seul volume des marchés attribués aux entreprises établies au Sénégal. Il estime nécessaire d’aller plus loin dans l’analyse afin de déterminer quelle proportion de cette valeur bénéficie réellement à des entreprises dont les bénéficiaires effectifs sont sénégalais.
Cette question renvoie directement à l’un des principaux défis du contenu local : faire en sorte que les retombées économiques de l’exploitation des ressources profitent durablement à l’économie nationale, au-delà de la simple présence juridique d’entreprises enregistrées au Sénégal.
L’autre enjeu majeur soulevé au cours de la rencontre concerne le financement. Cheikhou Oumar Seck a regretté l’absence, parmi les intervenants du premier panel, de représentants du marché financier et de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers. À ses yeux, la question du financement constitue pourtant un maillon essentiel du développement du contenu local.
Le ministre a ainsi plaidé pour une implication beaucoup plus importante du système financier sénégalais et régional dans le financement des projets miniers, pétroliers et gaziers. Il a notamment évoqué la possibilité de recourir davantage à la dette levée localement, à travers la cotation de titres sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), mais également grâce à des mécanismes de syndication bancaire.
L’objectif est de permettre aux entreprises et aux projets liés aux ressources naturelles de mobiliser une partie plus importante de leurs financements en monnaie locale, plutôt que de dépendre principalement de capitaux levés à l’étranger.
Une telle orientation présenterait, selon le ministre, un double avantage. Elle contribuerait d’une part à renforcer la participation des acteurs financiers nationaux au développement des industries extractives et, d’autre part, à limiter la pression exercée par la dette extérieure sur les finances publiques et l’économie nationale. Les revenus tirés des exportations de produits transformés pourraient ainsi générer davantage de devises, tandis qu’une partie du financement des investissements serait mobilisée en monnaie locale.
Au-delà des fournisseurs et du financement, Cheikhou Oumar Seck a également pointé la faiblesse de la présence des entreprises sénégalaises dans le cœur même de l’exploitation minière. Pour le ministre, le véritable contenu local ne saurait se limiter aux prestations de services, à la fourniture de biens ou aux activités périphériques. Il doit permettre aux opérateurs nationaux de progresser progressivement vers les segments les plus stratégiques et les plus rémunérateurs de la chaîne de valeur.
Cette montée en puissance passe notamment par le développement de capacités techniques, financières et managériales permettant aux entreprises sénégalaises de se positionner sur des marchés jusque-là largement dominés par des groupes étrangers.
Le gouvernement se dit disposé à accompagner les initiatives privées susceptibles de favoriser cette évolution. Cheikhou Oumar Seck a toutefois insisté sur la nécessité de rendre les conditions de financement plus compétitives, considérant que le coût du crédit demeure l’un des principaux obstacles à l’émergence d’acteurs nationaux capables de rivaliser avec les grandes entreprises internationales.
À travers cette Journée nationale de réflexion, l’ADEMIG entend ainsi contribuer à nourrir le débat sur l’avenir du contenu local dans un Sénégal où l’exploitation des ressources minières, pétrolières et gazières prend une importance croissante. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de passer d’une logique de participation à une véritable logique de captation de valeur.





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