Dans les bolongs du département d'Oussouye, en Basse-Casamance, les femmes de Katakalousse sont en train de transformer une activité de subsistance en véritable filière économique. Autrefois limitées à la cueillette d'huîtres sauvages accrochées aux racines des palétuviers, elles ont adopté des techniques modernes de captage et d'élevage grâce à l'appui de la FAO et de l'Union européenne, rapporte Seneweb. Organisées autour d'un plan d'affaires, elles préparent désormais la certification sanitaire de leur production.
Pour rejoindre les parcs ostréicoles, il faut traverser en pirogue les eaux calmes de la mangrove. Sur place, les cordes suspendues et les supports de captage s'étendent à perte de vue. Yaye Amy, membre du groupement des femmes éleveuses d'huîtres, détaille le travail : « Il y a une première catégorie, une deuxième et une troisième. Lors de la récolte, nous faisons le tri en fonction de la qualité et du calibre des huîtres. » Plus les huîtres sont grosses et de qualité, plus leur valeur marchande augmente. L'activité suit le rythme de la nature : « Pendant la première année, le rendement est faible. C'est à partir de la deuxième année que l'on commence réellement à récolter. Quand l'hivernage est bon, la production augmente considérablement », précise-t-elle. Dès huit heures du matin, les équipes sont à l'œuvre dans les parcs.
La présidente du groupement, Maimouna Gomis, se souvient d'une époque plus difficile : « Avant, nous rencontrions beaucoup de difficultés. Toute notre vie dépendait uniquement des ressources naturelles brutes de la mangrove. » Le projet appuyé par la FAO a marqué un tournant, avec des formations techniques. « J'ai appris le captage et l'élevage des huîtres. On nous a enseigné comment récupérer les naissains, les installer sur des supports adaptés, les faire grandir dans l'eau puis les surveiller jusqu'à leur maturité », explique-t-elle. Une fois matures, les huîtres sont triées, transformées, conditionnées et commercialisées.
Les nouveaux équipements ont réduit la pénibilité du travail et augmenté les rendements, tandis que les femmes ont été formées à la gestion administrative, à la planification des récoltes et au développement commercial. « Aujourd'hui, grâce aux équipements et aux méthodes modernes qui nous ont été fournis, notre travail est devenu plus facile et beaucoup plus rentable. Ce travail est désormais ma principale source de revenus et me permet de vivre dignement », témoigne Maimouna Gomis, qui affirme que ses revenus, autrefois « très faibles », ont « considérablement augmenté ». Les productrices peuvent désormais épargner, participer aux dépenses du ménage, payer la scolarité de leurs enfants et financer d'autres activités.
En visite sur le site, à l'occasion de la Journée internationale de la femme rurale et en préparation de l'Année internationale de la femme agricultrice proclamée par les Nations unies, Bintia Stephen-Tchicaya, coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l'Afrique de l'Ouest et représentante de l'organisation au Sénégal, a salué « des huîtres d'exception » produites à Ourong et Katakalousse. « J'ai été particulièrement impressionnée par leur ingénierie sociale, leur organisation et la rigueur avec laquelle elles ont construit leur plan d'affaires. Le bilan est pleinement satisfaisant », a-t-elle déclaré, voyant dans cette activité « une véritable opportunité d'autonomisation économique ».
La prochaine étape porte sur la sécurité sanitaire, condition pour accéder aux marchés régionaux et internationaux. « Nous voulons les accompagner davantage sur la sécurité sanitaire des aliments, la conservation et la manipulation des huîtres, qui restent des produits particulièrement sensibles », explique la représentante de la FAO, qui insiste : « Il faut maintenir le cap et garantir une hygiène irréprochable tout au long de la chaîne de valeur. C'est ce qui nous permettra d'évoluer vers un emballage normé puis vers l'exportation. » À Katakalousse, l'ostréiculture est ainsi devenue un levier d'émancipation et un modèle de gestion durable de la mangrove.






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