À l’ouverture de la sixième édition du Mois du Consommer local, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a appelé à une transformation profonde du modèle économique sénégalais. Il préconise une meilleure valorisation des ressources nationales, le renforcement du tissu industriel et une plus grande intégration des marchés africains pour réduire la dépendance aux importations et stimuler la création d’emplois.
Le Sénégal doit accélérer sa production nationale, transformer davantage ses matières premières et encourager la consommation des produits issus de son économie. C’est le message central délivré par Serigne Guèye Diop lors de la cérémonie d’ouverture de la sixième édition du Mois du Consommer local, placée sous le thème : « Consommer local, intégration régionale et souveraineté économique face aux mutations du commerce mondial ».
Dans un contexte international marqué par les crises économiques, les conflits et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le ministre a souligné les risques liés à une dépendance excessive vis-à-vis des marchés extérieurs. Selon lui, ces bouleversements rappellent l’urgence, pour le Sénégal et les autres pays africains, de bâtir des économies plus résilientes, capables de répondre aux besoins des populations à partir de leurs propres ressources.
Pour Serigne Guèye Diop, la souveraineté économique ne saurait se limiter à un objectif politique. Elle repose avant tout sur la capacité d’un pays à produire les biens qu’il consomme, à transformer ses matières premières et à créer de la valeur ajoutée sur son territoire. « Une nation qui ne produit pas suffisamment ce qu’elle consomme s’expose à la dépendance », a-t-il fait valoir, appelant à une exploitation plus efficace des ressources nationales et à un renforcement des capacités industrielles.
Au-delà de la réduction des importations, le gouvernement entend faire du consommer local un instrument de développement économique et social. L’objectif est de soutenir les entreprises nationales, les artisans, les agriculteurs et les unités de transformation, tout en favorisant la création d’emplois et l’augmentation des revenus. Chaque produit fabriqué au Sénégal représente ainsi, selon le ministre, une opportunité de renforcer le tissu économique local et de maintenir davantage de richesses dans le circuit national.
Le secteur agricole occupe une place importante dans cette stratégie. Serigne Guèye Diop a notamment évoqué les mesures engagées pour favoriser l’écoulement des produits locaux, en particulier la pomme de terre, l’oignon et la banane. Ces initiatives visent à soutenir les producteurs sénégalais, à protéger leurs débouchés commerciaux et à leur permettre de mieux faire face à la concurrence des produits importés.
Toutefois, le développement du consommer local ne dépend pas uniquement de la disponibilité des produits sur les marchés. Le ministre a insisté sur la nécessité d’améliorer leur qualité, leur présentation et leur compétitivité. La certification, le respect des normes, la modernisation des emballages et une communication plus efficace apparaissent, à ses yeux, comme des conditions indispensables pour renforcer la confiance des consommateurs et élargir les parts de marché des produits sénégalais.
L’enjeu consiste donc à faire évoluer les pratiques de production et de commercialisation afin que les biens fabriqués localement puissent rivaliser avec les produits importés, aussi bien en matière de qualité que de prix. Cette démarche suppose un accompagnement des acteurs économiques, notamment les petites et moyennes entreprises, souvent confrontées à des difficultés d’accès au financement, aux équipements et aux circuits de distribution.
Sur le plan du financement, Serigne Guèye Diop a annoncé la volonté du gouvernement de renforcer les mécanismes destinés aux petites et moyennes entreprises. Il a évoqué des dispositifs d’accompagnement dans les 45 départements du pays, avec l’ambition de rapprocher les instruments de soutien des entrepreneurs et de faciliter le développement de leurs activités.
Cette orientation vise à permettre aux entreprises locales de consolider leurs capacités de production, d’améliorer leur organisation et de répondre à une demande plus importante. Le développement du consommer local nécessite en effet des unités économiques capables de produire régulièrement, de garantir des standards de qualité et de satisfaire les exigences des consommateurs comme celles des marchés institutionnels.
Le ministre a également mis en avant l’importance de l’industrialisation dans la transformation structurelle de l’économie sénégalaise. Il a rappelé l’objectif de porter la contribution de l’industrie à 35 % du produit intérieur brut dans les prochaines années, puis à 45 % à plus long terme. Une ambition qui implique une transformation plus poussée des matières premières agricoles, halieutiques et minières avant leur commercialisation.
Pour le gouvernement, l’augmentation de la transformation locale doit permettre de réduire les exportations de matières premières non transformées, de développer de nouvelles activités industrielles et de créer des emplois durables. Elle pourrait également contribuer à limiter les sorties de devises liées aux importations de produits finis, tout en renforçant la compétitivité des entreprises nationales.
La promotion du consommer local ne doit cependant pas s’arrêter aux frontières du Sénégal. Serigne Guèye Diop a insisté sur la nécessité de renforcer les échanges entre les pays africains, de développer des chaînes de valeur complémentaires et de tirer pleinement profit des possibilités offertes par l’intégration économique régionale et continentale.
Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente une opportunité pour élargir les débouchés des entreprises sénégalaises et faciliter la circulation des produits fabriqués sur le continent. Une coopération commerciale plus poussée permettrait aux pays africains de mieux exploiter leurs complémentarités, en favorisant les échanges de matières premières, de produits transformés et de savoir-faire industriels.
L’ambition est de construire un marché africain davantage tourné vers la production et la consommation de biens issus du continent. Pour y parvenir, les États devront notamment améliorer les conditions d’accès aux marchés, renforcer les infrastructures commerciales et encourager les investissements dans les secteurs présentant un potentiel de transformation locale.
L’État est également appelé à jouer un rôle déterminant dans cette dynamique. Le ministre a plaidé pour une implication accrue des pouvoirs publics dans la promotion des produits locaux, notamment à travers la commande publique. Les achats des administrations et des structures publiques pourraient ainsi constituer un débouché important pour les entreprises nationales, à condition que les produits proposés répondent aux exigences de qualité, de disponibilité et de compétitivité.
Cette orientation suppose de concilier le soutien à la production nationale avec le respect des normes et des exigences liées à l’utilisation des ressources publiques. Elle vise également à encourager les producteurs et les transformateurs à améliorer leurs performances pour répondre durablement à la demande.
À travers cette sixième édition du Mois du Consommer local, le gouvernement entend ainsi remettre au centre du débat la question de la souveraineté économique et de la capacité du Sénégal à valoriser ses propres ressources. Pour Serigne Guèye Diop, le défi est désormais de traduire cette ambition en résultats concrets, en augmentant la production nationale, en développant la transformation industrielle et en consolidant les circuits de commercialisation.






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