La lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ne relève plus seulement des dispositifs militaires, sécuritaires ou judiciaires. Elle se joue également sur le terrain de l’information. C’est le message porté mardi 29 septembre à Dakar lors du lancement officiel de l’initiative « Médias de paix », portée par la Coalition islamique militaire contre le terrorisme (CIMCT), en collaboration avec le ministère des Forces armées.
Cette initiative place les professionnels des médias au cœur des stratégies de prévention de la violence et de lutte contre les discours susceptibles d’alimenter l’extrémisme. Pendant cinq jours, 38 journalistes et professionnels des médias prennent part à un séminaire de formation consacré notamment à la vérification de l’information, à la lutte contre la désinformation et à la production de contenus favorisant la tolérance, la modération et la paix.
Pour le secrétaire général de la CIMCT, le général de division Mohammed bin Saeed Al-Moghidi, les groupes terroristes cherchent également à agir sur le terrain informationnel. Ils tentent, selon lui, « d’influencer les esprits par la désinformation, la propagation de la haine et l’exploitation de la rapidité avec laquelle circulent les informations ».
Dans ce contexte, le rôle des médias ne se limite pas à transmettre une information. Le journaliste doit également la vérifier, la contextualiser et mesurer les conséquences de sa diffusion, particulièrement lorsqu’il s’agit de contenus susceptibles d’alimenter les tensions ou la haine.
Le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, a pour sa part insisté sur la place particulière des médias communautaires dans ce dispositif. Ces médias entretiennent, selon lui, « une relation de proximité exceptionnelle avec les populations » et disposent d’une connaissance fine des territoires dans lesquels ils évoluent.
Ils connaissent notamment les réalités sociales, les langues, les préoccupations et les difficultés auxquelles sont confrontées les communautés. Cette proximité peut constituer un atout dans la prévention des tensions et dans la diffusion de messages favorisant le dialogue.
Mais cette proximité implique également des exigences professionnelles importantes. Pour Yankhoba Diémé, les journalistes doivent faire preuve de rigueur dans le traitement et la diffusion de l’information. Ils peuvent notamment contribuer à faire connaître les mécanismes d’alerte, à déconstruire les rumeurs et à donner davantage de visibilité aux initiatives locales en faveur de la paix.
Le ministre estime également que les médias peuvent valoriser les mécanismes traditionnels et institutionnels de règlement pacifique des différends. Leur travail peut ainsi contribuer à renforcer le dialogue et, plus largement, à restaurer la confiance entre les populations, les institutions et les forces chargées de leur protection.
La désinformation constitue précisément l’un des principaux enjeux mis en avant au cours de cette rencontre. Pour Yankhoba Diémé, la réponse au terrorisme ne peut pas reposer exclusivement sur les dimensions militaire, sécuritaire, judiciaire et économique.
« Certes, ces dimensions sont essentielles, mais elles seraient incomplètes sans les dimensions informationnelles et sociales », a-t-il déclaré.
Dans cette perspective, le journaliste peut devenir un véritable acteur de prévention. Son travail peut contribuer à déconstruire les récits d’endoctrinement et à empêcher la propagation de fausses informations susceptibles de nourrir la peur, la haine ou les tensions communautaires.
Le secrétaire général de la CIMCT insiste ainsi sur la nécessité de faire du « professionnalisme, de l’impartialité et de la vérification des faits » des principes fondamentaux du travail journalistique.
L’apparition de nouvelles technologies complique toutefois davantage le paysage informationnel. Les réseaux sociaux permettent une circulation extrêmement rapide des contenus et l’intelligence artificielle facilite désormais la production d’images, de vidéos ou de messages artificiellement générés.
Pour le ministre des Forces armées, cette évolution crée de nouvelles possibilités, mais également de nouveaux risques. La rapidité de propagation des contenus peut notamment favoriser la diffusion de fausses informations avant même qu’elles ne puissent être vérifiées.
D’où la nécessité, selon lui, de renforcer les mécanismes de vérification et les compétences des professionnels des médias face à ces nouveaux outils.
L’initiative « Médias de paix » entend justement répondre à cette évolution. La formation vise à permettre aux participants de mieux identifier les contenus extrémistes, de distinguer l’information de la désinformation et de produire des contenus susceptibles de favoriser la modération, la coexistence pacifique et la cohésion sociale.
La CIMCT, qui regroupe 43 États membres, indique avoir déjà organisé 122 programmes de formation dans 30 pays membres, au profit de plus de 4 000 stagiaires. Dans le secteur des médias, sept programmes ont été conduits dans sept États membres, réunissant plus de 250 professionnels.
Le programme « Médias de paix » prévoit également la production de reportages et de contenus multilingues consacrés aux dangers du terrorisme, ainsi que des campagnes de sensibilisation et des actions visant à promouvoir les valeurs de tolérance et de modération.
À travers cette initiative, la CIMCT et les autorités sénégalaises cherchent ainsi à renforcer les capacités des médias face aux nouvelles formes de propagande et de désinformation. Une approche qui place le journaliste dans une position particulière : informer avec rigueur, contribuer à la compréhension des phénomènes d’extrémisme et participer, par la qualité du traitement de l’information, aux efforts de prévention et de cohésion sociale.






Commentaires (0)
Soyez le premier à commenter cet article.