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Éducation : Moustapha Guirassy annonce un « Grand prix du chef de l’État » pour l’alphabétisation et les langues nationales

Le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a annoncé lundi à Fatick la création prochaine d’un « Grand prix du chef de l’État pour l’alphabétisation et les langues nationales ». Cette distinction annuelle vise à encourager les initiatives locales dans l’innovation pédagogique, l’action associative et l’impact communautaire, alors que le gouvernement entend renforcer la place de l’alphabétisation et des langues nationales dans les politiques éducatives.

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Éducation : Moustapha Guirassy annonce un « Grand prix du chef de l’État » pour l’alphabétisation et les langues nationales

Le Sénégal veut donner une nouvelle impulsion à sa politique d’alphabétisation. Présidant lundi à Fatick un Comité régional de développement (CRD) spécial consacré au Mois national de l’alphabétisation, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a annoncé l’instauration d’un nouveau prix destiné à récompenser les initiatives les plus remarquables dans ce domaine.

« Pour consacrer cette dynamique et stimuler les initiatives locales, le chef de l’État a décidé d’instituer le Grand prix du président de la République pour l’alphabétisation et les langues nationales. Un prix qui récompensera chaque année l’innovation pédagogique, l’action associative et l’impact communautaire », a déclaré le ministre.

Cette annonce intervient dans le cadre du Mois national de l’alphabétisation, placé cette année sous le thème : « L’alphabétisation, levier d’entrepreneuriat et d’employabilité pour une inclusion sociale et économique durable ». Pour Moustapha Guirassy, l’enjeu dépasse désormais la seule acquisition des compétences de base en lecture et en écriture. Il s’agit également de faire de l’alphabétisation un outil directement connecté à l’activité économique, à l’emploi et à l’autonomisation des populations.

Le ministre a ainsi insisté sur la nécessité de rapprocher les apprentissages des réalités quotidiennes des bénéficiaires, notamment dans les zones rurales. « L’alphabétisation ne se décrète pas depuis les bureaux de Dakar, elle prend vie dans nos terroirs, au contact des réalités du monde rural, des ateliers d’artisans et des groupements de femmes », a-t-il affirmé.

Selon lui, les programmes d’alphabétisation ne peuvent pleinement produire leurs effets que s’ils répondent aux besoins concrets des populations et leur permettent d'améliorer leurs conditions de vie. « Elle n’a de valeur que si elle répond aux exigences du quotidien et ouvre de réelles perspectives d’émancipation », a-t-il ajouté, estimant que l’alphabétisation ne doit pas être considérée comme une simple politique de rattrapage, mais comme « un point de départ ».

Moustapha Guirassy a également dressé un état des lieux de l’évolution du taux d’analphabétisme au Sénégal. Il a indiqué qu’entre 2013 et 2023, celui-ci est passé de 54,6 % à 37,1 % chez les personnes âgées de plus de 10 ans, soit une baisse de plus de 17 points.

Cette progression, a-t-il souligné, est notamment liée à l’engagement des facilitateurs, des associations, des collectivités territoriales et des maîtres communautaires qui interviennent dans les différents programmes d’alphabétisation.

Le ministre a toutefois estimé que les efforts doivent être poursuivis. « Nous continuons d’ouvrir près de 500 classes par an, touchant, pour la seule session de 2026, près de 18 500 apprenants, dont plus de 13 000 pris en charge directement par l’État du Sénégal. Cependant, 37 % de nos concitoyens tenus à l’écart de l’écrit, c’est encore trop », a-t-il déclaré.

Pour le ministre, cette situation constitue une forme d’injustice qui affecte particulièrement les populations rurales et constitue un frein à l’autonomisation économique et sociale des femmes. Il estime dès lors nécessaire de revoir en profondeur les mécanismes de financement de l’alphabétisation.

Moustapha Guirassy a notamment regretté que l’éducation non formelle et l’alphabétisation aient longtemps occupé une place marginale dans les budgets consacrés au secteur éducatif. Selon lui, ce sous-secteur a souvent été considéré comme « le parent pauvre » du financement de l’éducation, avec une part qui reste fréquemment inférieure à 1 % des ressources allouées à l’école.

Cette situation crée, à ses yeux, une dépendance importante vis-à-vis des financements extérieurs et des projets ponctuels. Une dépendance qui, selon lui, « fragilise nos acquis et bride le déploiement de nos ambitions ».

Pour inverser cette tendance, le ministre plaide pour une mobilisation plus importante des ressources nationales. « La souveraineté éducative commence par un rééquilibrage budgétaire national en faveur de l’alphabétisation, couplé à une mobilisation accrue des ressources propres des collectivités territoriales et à des mécanismes innovants de contribution du secteur privé », a-t-il soutenu.

La question des langues nationales occupe également une place importante dans cette nouvelle orientation. Moustapha Guirassy a indiqué que le document de politique linguistique nationale a été techniquement validé le mois dernier, avec la participation des différents acteurs concernés.

Selon lui, cette étape permet désormais au Sénégal de disposer d’une trajectoire plus claire en matière de politique linguistique et d’enseignement dans les langues nationales. Cette orientation est notamment mise en œuvre à travers le Modèle harmonisé d’enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS).

Le dispositif est actuellement déployé dans 1 951 écoles des académies de Ziguinchor, Sédhiou et Thiès. Pour le ministre, cette expérience confirme l’intérêt d’un enseignement qui s’appuie sur les langues maternelles tout en permettant aux élèves d’acquérir progressivement la maîtrise du français et des langues internationales.

« Cela prouve tout simplement que l’ancrage dans la langue maternelle sécurise les apprentissages de base tout en préparant la maîtrise du français et des langues internationales », a conclu Moustapha Mamba Guirassy.

À travers la création annoncée du Grand prix du chef de l’État pour l’alphabétisation et les langues nationales, le gouvernement entend ainsi valoriser les acteurs de terrain et donner davantage de visibilité aux initiatives locales. La distinction devrait également contribuer à placer l’alphabétisation au cœur des politiques d’inclusion sociale, d’employabilité et de développement des territoires.

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