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Farine de blé :   entre archaïsme et cupidité

Le Sénégal importe 800 000 tonnes de blé en moyenne chaque année répartis entre une dizaine  de minoteries dont les plus significatives par leur capacités de transformation du blé – 50%  importé de l’ex URSS -  en farine sont  les Grands Moulins de Dakar,…

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Farine de blé :   entre archaïsme et cupidité

Le Sénégal importe 800 000 tonnes de blé en moyenne chaque année répartis entre une dizaine  de minoteries dont les plus significatives par leur capacités de transformation du blé – 50%  importé de l’ex URSS -  en farine sont  les Grands Moulins de Dakar, GMS, FKS, NMA, OLAM, Sedima, MDS. Presque 60% de capitaux et de l’actionnariat du secteur  sont étrangers avec le carre’ d’or autour de GMS, GMD, FKS et OLAM qui ont fini d’imposer une entente assimilable à un oligopole imposant leur prix et quotas aux quelques  3 500 boulangers du pays. Ils osent engager le bras de fer avec l'État régulateur.

Portée par une démographie croissante  et une urbanisation rapide, la consommation de blé, et en particulier de pain, est en progression constante au Sénégal comme un peu partout en Afrique ce qui accentue les risques et vulnérabilité de la sécurité alimentaire des populations  face aux fluctuations des prix de cette denrée sensible.

 Depuis la covid 19 et surtout la guerre russo  - ukrainienne les cours mondiaux ont drastiquement baissé.  En  2022 la tonne de blé, qui était de 280 euros avant le conflit, a atteint un pic en juin, à plus de 500 euros, mais aujourd’hui le cours du blé tendre est coté à 217 Euro / T -  référence CEREALIS - . Pour le blé russe c’est même beaucoup moins tant les stocks russes sont excédentaires et à la recherche de clients avec l’embargo.  

Les cours et les stocks mondiaux ont retrouvé leurs niveaux d’avant Covid -19 et mieux les récoltes records des USA exercent une pression sur les cours mondiaux et l’offre des négociants  de blé .

Malheureusement  faute de centrale d’achat des minoteries locales, de cotation centralisée  des cours de blé en Afrique de l’Ouest pour cette denrée essentielle pour nos populations ;  de terminaux céréaliers adéquats sur nos ports et corridors   et d’une régulation inexistante du secteur comme au Sénégal  , les pays d’Afrique au Sud du Sahara avec le Sénégal en tête paie toujours un prix très onéreux pour le sac de farine que rien ne peut justifier si ce n’est les archaïsmes dans nos circuits de commerce avec des législations obsolètes et une cupidité du patronat de la farine qui veut maximiser les profits en investissant toujours un peu dans le process et la distribution.

Et pourtant les bénéfices  explosent avec les tendances baissières observées sur le marché mondial du blé depuis 2022. Le Sénégal importe pour 200  milliards de blé pour la farine de pain  et l’aliment de bétail avec un chiffre d’affaires des meuniers qui approchent  800 milliards ce qui leur assure un niveau de profitabilité record de 35 % ; un retour sur capitaux propres exceptionnel que seul nos économies    trop peu régulées peuvent permettre. Il faut augmenter la pression fiscale sur le secteur au profit des céréales locales comme le mil.

Il est donc urgent comme le préconise le gouvernement de baisser au moins le sac de farine de 20 % permise par la   forte baisse sur les cours internationaux et  de mettre en place un mécanisme de péréquation pour les fluctuations des cours mondiaux. En attendant le prix de la baguette et même de l’aliment de bétail doivent beaucoup baisser au moins de 30 %. Il faut faire jouer le déflateur de l’indice des cours mondiaux du ble’.

Moustapha DIAKHATE
Ex Conseiller Spécial Premier Ministre
Expert en Infrastructure et Énergie

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