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Non Amadou Ba, La démocratie sénégalaise vaut mieux que des injonctions au silence.( Mamadou Cissé

Amadou BA, lance un avertissement qui dérange : « Laissez le gouvernement travailler ». Derrière ces mots se cache une remise en cause brutale du rôle fondamental de l’opposition dans notre démocratie.Dans un pays où le débat public est le pilier de toute…

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Non Amadou Ba, La démocratie sénégalaise vaut mieux que des injonctions au silence.( Mamadou Cissé

Amadou BA, lance un avertissement qui dérange : « Laissez le gouvernement travailler ». Derrière ces mots se cache une remise en cause brutale du rôle fondamental de l’opposition dans notre démocratie.
Dans un pays où le débat public est le pilier de toute liberté, ces propos ne peuvent être interprétés comme un simple appel au calme. Ils s’inscrivent dans une logique qui tend à museler la critique et à réduire l’espace indispensable à la contestation. En prônant le silence de l’opposition, Amadou Ba semble cautionner une forme de complaisance qui menace l’équilibre des pouvoirs et, par extension, l’essence même de la démocratie.

La fonction de l’opposition ne se limite pas à être un spectateur passif ; elle est le garant d’un pouvoir vérificateur et d’un contre-pouvoir nécessaire pour exposer et corriger les dérives potentielles d’un gouvernement. Dans un contexte africain où les institutions se trouvent souvent fragilisées, cette prise de position pourrait ouvrir la porte à une dérive autoritaire masquée par le vernis de l’unité nationale.
Au-delà des apparences, il s’agit d’un véritable appel à la vigilance citoyenne. La démocratie ne se résume pas à une élection, mais se nourrit quotidiennement du débat et de la contestation. En affirmant qu’il faut laisser le gouvernement opérer en toute quiétude, Amadou Ba fait fi de ce principe fondamental et expose notre système à un risque bien réel de désengagement critique.

Laisser le gouvernement travailler, oui, mais à quel prix ? L’histoire récente du Sénégal et d’autres nations africaines nous enseigne une leçon fondamentale : chaque fois que l’opposition s’est tue, chaque fois que la société civile a baissé la garde, les dérives autoritaires ont prospéré.
Prenons l’exemple des régimes qui, sous couvert de stabilité, ont progressivement étouffé toute contestation. Des dirigeants élus démocratiquement ont consolidé leur pouvoir en instaurant un climat de soumission politique, en affaiblissant les contre-pouvoirs et en criminalisant la dissidence. Ces scénarios, que l’on retrouve dans plusieurs pays du continent, commencent souvent par des appels à la retenue, à la patience et au silence.

Le message d’Amadou Ba s’inscrit-il dans cette logique ? Si son intention était simplement d’inviter à une opposition responsable, encore faudrait-il définir ce que signifie cette responsabilité. Car être responsable en démocratie, c’est interroger le pouvoir, c’est exiger des comptes, c’est dénoncer les abus. Ce n’est certainement pas se taire.
D’ailleurs, quelle serait la mission d’un parti d’opposition si ce n’est de proposer une alternative, de porter la voix des mécontents et de défendre une autre vision du pays ? En demandant à l’opposition de rester en retrait, on l’invite à renier son rôle fondamental, à se transformer en simple spectatrice d’un pouvoir qui n’a, dès lors, plus à rendre de comptes.

Mais le peuple sénégalais n’est pas dupe. Il a montré, à travers son histoire politique, qu’il savait se mobiliser lorsque ses libertés étaient menacées. Il l’a prouvé en 2012 face à Abdoulaye Wade. Il l’a prouvé encore en 2021 et 2023 lors des grandes mobilisations contre l’injustice et les tentations autoritaires.

Si Amadou Ba et d’autres veulent réellement « laisser le gouvernement travailler », qu’ils commencent par rappeler que ce travail doit être mené sous le regard critique du peuple, dans la transparence et le respect des principes démocratiques. Car un pouvoir sans opposition est un pouvoir sans limites. Et un pouvoir sans limites, c’est le premier pas vers la dérive autoritaire.

La démocratie sénégalaise vaut mieux que des injonctions au silence. Elle a besoin de débats, de contestations, d’engagement. Elle a besoin de citoyens vigilants, de journalistes courageux et d’une opposition qui assume pleinement son rôle. Se taire n’a jamais renforcé une démocratie. C’est en parlant, en dénonçant et en questionnant que l’on protège la liberté.

Mamadou Cissé

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