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Le Sénégal agonise, la République danse autour du brasier (Par Pape Moussa Traoré)

Au moment où le Sénégal traverse l’une des périodes les plus sombres financièrement de son histoire, le spectacle politique vire à la farce. Les agences de notation, peu sensibles aux péripéties diplomatiques ou aux joutes internes, ont sonné l’alerte :…

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Le Sénégal agonise, la République danse autour du brasier (Par Pape Moussa Traoré)

Au moment où le Sénégal traverse l’une des périodes les plus sombres financièrement de son histoire, le spectacle politique vire à la farce. Les agences de notation, peu sensibles aux péripéties diplomatiques ou aux joutes internes, ont sonné l’alerte : selon Standard & Poor’s (S&P), le Sénégal a été abaissé à « CCC+ » avec perspective négative, ce qui le place dans la catégorie des pays à risque aigu de défaut. Selon un article plus récent, le pays subit « une double dégradation » : S&P à CCC+, Moody’s en B3. Autre donnée glaçante : la dette publique est estimée à plus de 119 % du PIB en fin 2024, voire au-dessus selon certains calculs.

Faut-il encore dire que cette situation rend l’État moins crédible aux yeux des investisseurs ? Que le coût de l’emprunt grimpe ? Que cela crée de l’angoisse chez ceux qui, dans le privé, espèrent pouvoir compter sur l’Etat pour des contrats, des investissements, des engagements financiers enfin tenus ?

Quand un pays sombre dans la catégorie « risqué », mieux vaut pour un investisseur s’armer de prudence. Le message est clair : « Attention ». Dans ce contexte, les appels à la vigilance ne sont plus un luxe : ce sont des signaux de survie. Et qu’en fait-on ? Rien. Ou pire : on détourne l’attention. On s’embourbe dans des querelles accessoires pendant que la maison brûle.

Le G7 déroule son plan d’actions, déterminé à faire plier un gouvernement engagé dans une stratégie de diversion plutôt que dans une véritable négociation. Les étudiants, piliers de notre avenir national, descendent dans la rue pour réclamer… leurs arriérés de bourses. Une dette morale avant d’être financière. Faudra-t-il attendre un drame pour réagir ?

Et c’est précisément au cœur de cette tourmente que les autorités choisissent d’offrir au peuple un épisode supplémentaire d’une querelle politique digne d’un théâtre de quartier : une mésentente de borne-fontaine. Au lieu de gouverner, on est dans la distraction. Au lieu de relancer notre économie déjà à terre, on s’amuse.

Question simple, brutale, presque taboue : le Sénégal est-il maudit ?

Maudit d’être otage de ses propres élites politiques ? Maudit de voir des enjeux personnels s’ériger au-dessus de la souffrance collective ? Maudit d’avoir transformé l’espace public en scène, le citoyen en spectateur, et la crise nationale en divertissement ? Alors que tous les feux rouges clignotent : dette, déficit, jeunesse, tensions sociales, ce que choisit l’Etat ? Une distraction.

Un conflit de borne fontaine oui, une querelle symbolique, animée par deux « marraines » du système pendant que les vraies priorités restent sur la touche. Résultat : toute une République est mobilisée pour éteindre un feu de paille, oubliant les vraies préoccupations des sénégalais et les promesses nombreuses faites au peuple. Le Sénégal, un pays doté d’un esprit de résilience, mais enlisé dans ses propres contradictions. Un pays qui accumule les bons mots, les plans d’actions, les promesses, et qui recule lorsqu’il faudrait foncer. Un pays dont les finances s’effondrent, dont la jeunesse proteste, et dont les dirigeants trouvent quand même le moyen d’entrer en conflit sur des sujets dérisoires.

Chers lecteurs, si vous cherchez un résumé de l’absurdité : la note souveraine tombe, la dette explose, l’investisseur détourne le regard, les étudiants hurlent dans la rue, et l’État organise un débat secondaire pour passer le temps. Le moment est grave. La pause est ridicule.

Et pendant que les tenants du pouvoir s’amusent de querelles futiles, le pays s’enfonce à une vitesse inquiétante.

Pape Moussa Traoré

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