L'Algérie s'apprête à franchir un cap historique. La chambre haute du Parlement algérien a approuvé dimanche une proposition autorisant l'envoi de troupes au Niger afin de protéger des installations énergétiques, rapporte Seneweb citant l'AFP. Cent quarante-huit des 174 membres du Conseil de la nation ont voté le texte à huis clos, selon un sénateur s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Une rupture doctrinale
Si l'Assemblée populaire nationale, la chambre basse, valide à son tour la proposition, il s'agirait du premier déploiement officiel de troupes algériennes hors du territoire national depuis la guerre israélo-arabe de 1973. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, un tel envoi est possible avec l'approbation des deux tiers des membres de chacune des deux chambres.
Selon plusieurs médias, les unités algériennes pourraient sécuriser des installations pétrolières et des investissements de la compagnie nationale Sonatrach dans le nord du Niger. Les deux pays, qui partagent près de 1 000 kilomètres de frontière, ont récemment signé un protocole de défense dont le contenu n'a pas été rendu public, lors de la visite à Alger du ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi.
« Nous protégerons le Niger quoi qu'il arrive »
Depuis plusieurs mois, Alger multiplie les gestes de soutien à Niamey, notamment avec la fourniture de quatre hélicoptères militaires et le déploiement d'avions de combat après une tentative de mutinerie en août. Début octobre, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé : « Nous protégerons le Niger quoi qu'il arrive », évoquant des pays, qu'il n'a pas nommés, qui auraient « conspiré » contre ce voisin.
Les deux capitales développent aussi leur coopération dans l'énergie et les mines, et poursuivent le projet de gazoduc transsaharien devant relier le Nigeria à l'Europe via le Niger et l'Algérie. Leurs relations s'étaient pourtant dégradées l'an dernier après la destruction par l'Algérie d'un drone en provenance du Mali.
Un signal régional
Pour le politologue Abdellah Akir, cité par l'AFP, cette décision « marque une évolution majeure de la doctrine de défense algérienne, historiquement fondée sur le principe de non-intervention », motivée par la sécurisation du futur gazoduc et l'envoi d'un signal à des rivaux comme le Maroc et les Émirats arabes unis. L'analyste Geoff Porter estime de son côté que, « dans un monde multipolaire et purement transactionnel », Alger mise désormais sur « une présence physique concrète ».






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