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Economie

Balance commerciale : le Sénégal renoue avec l’excédent en juillet, porté par les exportations pétrolières

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Balance commerciale : le Sénégal renoue avec l’excédent en juillet, porté par les exportations pétrolières

Le Sénégal a enregistré un net redressement de sa balance commerciale en juillet 2026. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), reprises par L’Observateur, le pays a dégagé un excédent commercial de 54,9 milliards de francs CFA, après un déficit de 129,4 milliards en juin. Une amélioration spectaculaire d’un mois à l’autre, mais dont la portée doit être appréciée avec prudence, compte tenu du poids important des exportations pétrolières dans ce résultat.

Le solde des échanges extérieurs s’est ainsi amélioré de 184,3 milliards de francs CFA entre juin et juillet. Cette évolution s’explique principalement par la progression des exportations, qui ont augmenté de 143,5 milliards de francs CFA sur la période. Le pétrole brut constitue le principal moteur de cette hausse, avec un rebond des ventes à l’étranger évalué à 186,7 milliards de francs CFA.

Les autres produits pétroliers ainsi que l’acide phosphorique ont également contribué à l’amélioration des exportations, mais dans des proportions beaucoup plus limitées. Cette évolution confirme le rôle croissant des hydrocarbures dans les performances commerciales du Sénégal depuis l’entrée en production de ses nouveaux projets pétroliers et gaziers.

Dans le même temps, les importations ont diminué de 40,8 milliards de francs CFA en juillet. Plusieurs catégories de produits sont concernées par ce recul. Les achats de machines et appareils à moteurs ont notamment baissé de 26,5 milliards de francs CFA. Les ouvrages en métaux ont enregistré une diminution de 15,7 milliards, tandis que les importations de produits pharmaceutiques et de produits céréaliers ont respectivement reculé de 15,5 milliards et de 12,3 milliards de francs CFA.

Cette double évolution, avec une progression importante des exportations et une contraction des importations, a mécaniquement permis au Sénégal de passer d’un déficit de 129,4 milliards en juin à un excédent de 54,9 milliards en juillet.

Mais derrière cette amélioration ponctuelle, plusieurs interrogations demeurent sur la solidité et la durabilité de la performance. Interrogé par L’Observateur, l’économiste Ibrahima Gassama appelle notamment à ne pas assimiler automatiquement l’excédent enregistré en juillet à une transformation structurelle de l’économie sénégalaise.

Selon cette analyse, la forte contribution du pétrole constitue à la fois un facteur de soutien à la balance commerciale et une source de vulnérabilité. Les recettes tirées des hydrocarbures peuvent évoluer en fonction des volumes produits, des calendriers d’exportation et des cours internationaux. Une variation importante de ces paramètres peut donc avoir des conséquences directes sur les performances commerciales du pays.

La baisse des importations doit également être interprétée avec précaution. Le recul des achats de machines et d’équipements peut contribuer à réduire le déficit commercial, mais il peut aussi refléter un ralentissement de l’investissement, un report de commandes ou des effets ponctuels sur les approvisionnements. De la même manière, la diminution des importations de médicaments ou de céréales ne signifie pas nécessairement que la production locale a suffisamment progressé pour se substituer aux produits importés.

Pour Ibrahima Gassama, la véritable transformation de la structure commerciale sénégalaise se mesurera donc dans la durée. Elle supposerait notamment une progression régulière des exportations non pétrolières, une diversification de la base productive et une réduction maîtrisée de la dépendance à certaines importations essentielles.

Dans cette perspective, les revenus issus des hydrocarbures pourraient jouer un rôle déterminant s’ils sont orientés vers des investissements susceptibles de renforcer les capacités productives du pays. L’économiste met notamment en avant les infrastructures, l’énergie, la formation, la logistique et le financement de la production. L’enjeu serait de transformer les recettes tirées du pétrole en capacités nouvelles permettant à d’autres secteurs de gagner en compétitivité et d’accroître leurs exportations.

La question de la substitution aux importations figure également parmi les leviers identifiés. Il ne s’agit pas, selon cette approche, de réduire mécaniquement les achats à l’étranger, mais d’identifier les domaines dans lesquels le Sénégal dispose de véritables possibilités de production compétitive. L’agroalimentaire, certains matériaux, les produits pharmaceutiques de base ou encore la transformation énergétique font partie des secteurs susceptibles de contribuer davantage à la réduction de la dépendance extérieure.

La compétitivité de l’économie hors hydrocarbures constitue par ailleurs un enjeu majeur. Une augmentation importante des revenus extractifs peut, dans certaines circonstances, contribuer à accroître les coûts intérieurs et fragiliser les secteurs exposés à la concurrence internationale. Agriculture, industrie et services pourraient alors subir les effets d’une hausse des coûts de production si les gains liés aux hydrocarbures ne sont pas accompagnés de politiques favorables à la compétitivité.

La maîtrise des dépenses publiques, des coûts énergétiques et logistiques ainsi qu’une gestion prudente des recettes pétrolières apparaissent dès lors comme des éléments déterminants. L’objectif serait d’éviter que l’amélioration des recettes extérieures liées aux hydrocarbures ne se traduise uniquement par une hausse de la consommation et des importations, sans renforcement parallèle de l’appareil productif national.

La diversification devra également concerner les marchés d’exportation. L’économiste recommande de renforcer la présence du Sénégal sur les marchés de la CEDEAO et, plus largement, sur les marchés africains, tout en consolidant les débouchés européens, asiatiques et nord-américains. Une telle stratégie permettrait de réduire la concentration des exportations sur quelques produits et quelques destinations.

L’excédent commercial de 54,9 milliards de francs CFA enregistré en juillet constitue donc un signal favorable pour les échanges extérieurs sénégalais. Toutefois, sa portée réelle ne pourra être appréciée qu’à travers l’évolution des prochains mois. La question centrale sera de savoir si le pays parvient à maintenir cette dynamique tout en développant des exportations diversifiées et en renforçant sa production locale.


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