La journée parlementaire du 29 septembre 2026 a mis en lumière une nouvelle séquence dans les relations entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire issue de Pastef. Alors que les deux pôles du pouvoir étaient jusqu’ici portés par la même dynamique politique, plusieurs dossiers récents témoignent désormais de divergences qui se traduisent par des affrontements de procédure, des renvois de textes et des recours devant le Conseil constitutionnel.
En l’espace de quelques heures, deux dossiers majeurs ont cristallisé cette tension. Le Gouvernement a saisi le Conseil constitutionnel au sujet de la proposition de loi portant modification du Code pétrolier, initiée par des députés de la majorité. Dans le même temps, à l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif à la carte nationale d’identité biométrique de la CEDEAO a été renvoyé en commission à la demande du président de la Commission des lois, Me Abdoulaye Tall.
Ces deux épisodes, distincts sur le plan juridique, ont néanmoins donné une image particulièrement nette des nouvelles relations entre l’Exécutif et le Parlement. Le calendrier législatif s’en trouve directement affecté, avec la suspension de l’examen du texte sur le Code pétrolier et le retour en commission du projet de loi sur la carte biométrique.
La proposition de loi visant à modifier le Code pétrolier, portée par des députés de la majorité parlementaire, a franchi une étape importante avant que son examen ne soit suspendu. Le Gouvernement a décidé de saisir le Conseil constitutionnel afin de contester la recevabilité de certaines dispositions du texte.
Selon les explications avancées au cours des débats, l’Exécutif estime notamment que certaines mesures contenues dans l’initiative parlementaire pourraient empiéter sur les prérogatives constitutionnelles reconnues au pouvoir exécutif.
La saisine du Conseil constitutionnel entraîne de fait une suspension du processus parlementaire sur ce dossier. Les députés devront attendre la décision des « Sept Sages » avant que la procédure puisse éventuellement reprendre.
Au-delà du contenu technique du Code pétrolier, cette séquence pose la question de la délimitation des compétences entre le Gouvernement et le Parlement. Elle intervient également dans un contexte où la gestion des ressources naturelles et le contrôle parlementaire sur le secteur des hydrocarbures occupent une place importante dans le débat public sénégalais.
Quelques heures plus tard, un autre dossier est venu alimenter les interrogations sur les relations entre les deux institutions. À l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif à la carte nationale d’identité biométrique de la CEDEAO n’a finalement pas poursuivi son parcours en plénière.
Le président de la Commission des lois, Me Abdoulaye Tall, a demandé le renvoi du texte en commission, en s’appuyant sur l’article 84 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Selon les explications données, plusieurs points nécessiteraient des éclaircissements et un examen complémentaire avant une nouvelle présentation devant les députés.
Le renvoi en commission constitue une procédure parlementaire prévue par les textes. Il ne signifie donc pas, en lui-même, le rejet du projet de loi. Le texte devra faire l’objet d’un nouvel examen avant de pouvoir revenir éventuellement en séance publique.
La concomitance de cette décision avec la saisine du Conseil constitutionnel sur le Code pétrolier nourrit cependant les commentaires sur l’évolution des rapports entre le Gouvernement et sa majorité parlementaire.
Sur le plan strictement juridique, les deux affaires ne sont pas de même nature. La saisine du Conseil constitutionnel relève d’une procédure destinée à vérifier la conformité et la recevabilité d’une initiative au regard des règles constitutionnelles. Le renvoi en commission, quant à lui, relève du fonctionnement interne du Parlement et permet aux députés de poursuivre l’examen d’un texte avant son éventuel retour en plénière.
Il serait donc prématuré d’établir un lien direct entre les deux décisions ou de considérer automatiquement le renvoi du projet de loi sur la carte biométrique comme une réponse politique à la saisine du Conseil constitutionnel.
Reste que leur proximité dans le temps contribue à donner corps à l’impression d’un rapport de force croissant entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Une situation qui contraste avec la période durant laquelle les deux institutions évoluaient dans une relative convergence politique, portées par la même majorité issue de Pastef.
Derrière ces affrontements de procédures se trouvent pourtant des dossiers susceptibles d’avoir des conséquences concrètes pour les citoyens.
La question de la carte d’identité biométrique touche directement aux documents d’identification des Sénégalais, à leur renouvellement et, plus largement, aux dispositifs d’identification dans l’espace communautaire de la CEDEAO. Chaque report dans l’examen du texte est donc susceptible de repousser l’adoption d’un nouveau cadre juridique.
Le Code pétrolier renvoie, pour sa part, à la gouvernance des ressources naturelles et au rôle du Parlement dans le contrôle de l’action publique dans un secteur stratégique pour l’économie sénégalaise.
Ces deux dossiers illustrent ainsi des enjeux différents mais liés à une même question institutionnelle : jusqu’où peuvent aller les prérogatives respectives du Gouvernement et du Parlement lorsqu’ils sont issus de la même majorité politique mais exercent des responsabilités constitutionnelles distinctes ?
La situation actuelle traduit surtout une évolution de la configuration politique. Le Président de la République et le Gouvernement disposent de leurs prérogatives constitutionnelles, tandis que l’Assemblée nationale, dominée par une majorité issue de Pastef, entend également exercer pleinement ses pouvoirs législatifs et de contrôle.
Cette coexistence peut naturellement produire des désaccords, y compris au sein d’une même famille politique. Elle impose surtout aux différentes institutions de trouver des mécanismes de dialogue permettant de traiter les divergences sans que celles-ci ne se transforment systématiquement en blocages.
La journée du 29 septembre aura ainsi illustré cette nouvelle réalité. Entre recours devant le Conseil constitutionnel, renvois en commission et débats sur la répartition des compétences, plusieurs textes importants voient leur calendrier modifié.






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