Les pluies diluviennes de début octobre ont rappelé la fragilité de la région de Dakar face à l'eau. Dans la nuit du 4 au 5 octobre, la presqu'île du Cap-Vert a été frappée par d'intenses cellules orageuses : en 24 heures, il est tombé 142 mm à Rufisque, 137,5 mm à Dakar-Yoff et 111 mm à Keur Massar, soit une part importante de la moyenne annuelle de 476 mm. Interrogés par Le Soleil, dont les propos sont repris par Seneweb, le géographe-hydrologue El Hadji Ousmane Ndiaye et le géographe-urbaniste Souleymane Diallo décryptent les causes de ces inondations.
Une géographie à risque
Pour El Hadji Ousmane Ndiaye, Dakar cumule plusieurs facteurs de vulnérabilité : les zones basses des Niayes de Pikine, une nappe phréatique proche de la surface et d'anciens lits de cours d'eau. Or, les constructions ont progressivement occupé ces espaces naturels. Le bétonnage des dunes aux Parcelles Assainies, à Grand Médine et à Guédiawaye a réduit l'infiltration de l'eau. Le remblaiement des zones humides de Hann Maristes, Thiaroye et Keur Massar perturbe les écoulements, tandis que certaines routes font barrage et favorisent l'accumulation des eaux dans les quartiers.
L'héritage des années de sécheresse
Le spécialiste relie l'occupation de ces zones non constructibles aux longues décennies de sécheresse, entre 1970 et 2000. L'exode rural a accru la pression sur Dakar et poussé des populations à s'installer dans d'anciennes dépressions et des lits de cours d'eau alors asséchés. La baisse prolongée des pluies a fait oublier les risques ; leur retour remet en évidence le rôle de ces espaces dans l'écoulement naturel des eaux.
L'hydrologue souligne aussi que le cumul sur 24 heures ne suffit pas à évaluer le risque : l'intensité de la pluie à un instant donné est déterminante pour comprendre le ruissellement et dimensionner les ouvrages. Il rappelle que des chercheurs de l'Université Cheikh Anta Diop ont déjà étudié les bassins versants et les crues urbaines, des travaux qui constituent des références pour mieux anticiper.
Planifier, pas seulement canaliser
Souleymane Diallo pointe, lui, les insuffisances de la planification urbaine. Selon lui, plus de 80 % des logements dakarois sont issus de l'autoconstruction et 25 à 30 % de l'habitat se trouve dans des quartiers informels. Le manque de documents d'urbanisme adaptés et l'application insuffisante des règles ont rendu difficile le contrôle de l'occupation des sols.
Pour l'urbaniste, le nouveau plan décennal annoncé par le gouvernement ne doit pas se limiter aux canalisations et aux stations de pompage. Il plaide pour la restructuration des quartiers exposés, un meilleur encadrement des constructions et la préservation des espaces naturels indispensables à l'évacuation des eaux, en associant les ouvrages hydrauliques à une planification urbaine rigoureuse.






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