Huit ans après une séquence politique d’une rare intensité, les Jeux Olympiques de la Jeunesse se tiennent enfin sur le sol sénégalais. Alors que le pays célèbre cet événement historique et son rayonnement international, un épisode institutionnel méconnu, rapporté par Dakarposte le 11 octobre 2018, mérite d’être revisité. Il met en lumière le rôle qu’aurait joué Khalifa Ababacar Sall dans la validation de la candidature sénégalaise, alors qu’il était détenu à la Maison d’arrêt de Rebeuss.
Certains événements ne révèlent leur véritable portée qu’avec le recul. Alors que Dakar entre dans l’histoire en devenant la première ville africaine à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse, il convient de rappeler que cette consécration a été précédée d’un imbroglio politico-administratif. Au cœur de cette séquence se trouvait l’ancien maire de la capitale.
Selon les informations rapportées à l’époque par Dakarposte, citant Confidentiel Afrique, l’adhésion formelle de la Ville de Dakar constituait une pièce essentielle du dossier de candidature. Or, celui-ci avait été initié et élaboré sous le magistère de Khalifa Sall, qui demeurait juridiquement maire de Dakar malgré son incarcération. Cette situation aurait créé un blocage à l’approche de l’échéance.
C’est dans ce contexte que, le 2 septembre 2018, Soham El Wardini, alors maire par intérim, se serait rendue à la prison de Rebeuss pour solliciter son aval.
La réponse qui lui aurait été donnée témoigne d’une volonté de privilégier l’intérêt national. « Ce ne sont pas les hommes qui organisent ces Jeux Olympiques qui m’intéressent, c’est l’image du pays. Je donne mon accord », aurait déclaré Khalifa Sall à sa successeure.
Au-delà de sa portée symbolique, cette déclaration aurait permis de lever l’obstacle procédural. Avec cet accord, Soham El Wardini a pu apposer la signature requise au nom de la municipalité, contribuant ainsi à la validation de la candidature sénégalaise, alors que le Botswana, la Tunisie et le Nigéria étaient également en lice pour accueillir l’événement.
Cet épisode revêt une dimension institutionnelle majeure. Il illustre la capacité d’un responsable public, même privé de liberté et éloigné de la gestion des affaires de la cité, à faire prévaloir l’intérêt général sur les considérations personnelles et les antagonismes politiques.
En choisissant de ne pas entraver un projet susceptible de rehausser le prestige international du Sénégal, Khalifa Sall aurait démontré que la candidature aux JOJ pouvait transcender les clivages politiques et s’inscrire dans une ambition collective. La Ville de Dakar en était une partie prenante incontournable, aux côtés de l’État.
Le dénouement de cette séquence est désormais connu. Le 8 octobre 2018, lors de la 133e session du Comité international olympique (CIO), tenue à Buenos Aires, le Sénégal s’est vu officiellement attribuer l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Initialement programmée sous l’appellation Dakar 2022, du 22 octobre au 9 novembre, la compétition a été reportée en raison de la pandémie de Covid-19. En juillet 2020, les autorités sénégalaises et le CIO ont convenu de repousser l’événement à 2026, dans un contexte de bouleversement du calendrier olympique mondial, notamment à la suite du report des Jeux de Tokyo.
Dakar 2022 est ainsi devenu Dakar 2026. Depuis le 31 octobre 2026, le Sénégal accueille effectivement cette édition historique.
Huit ans après son attribution, l’événement prend enfin corps. Alors que la Nation célèbre ce jalon majeur de son histoire sportive, le geste attribué à Khalifa Sall depuis sa cellule rappelle que, malgré les alternances, les rivalités et les vicissitudes politiques, certains projets nationaux ne peuvent aboutir que lorsque les institutions et les responsables qui les incarnent placent l’intérêt collectif au-dessus de toute autre considération.






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