Le débat sur la place du secteur privé national s'enrichit d'une voix critique venue de l'intérieur. Dans une tribune publiée par Seneweb, l'entrepreneur Abdoulaye Dieng répond au plaidoyer de l'architecte Pierre Atépa Goudiaby, intitulé « Ne tuez pas le secteur privé national ! », et invite ses pairs à un examen de conscience. « Si nous avons raison d'interpeller l'État sur ses responsabilités, nous devons aussi avoir le courage de nous interroger sur les nôtres », écrit-il.
Investir davantage dans l'industrie
L'auteur juge légitimes les revendications historiques du patronat : accès au financement, préférence nationale, commande publique. Mais il estime qu'un secteur privé fort ne se construit pas uniquement grâce au soutien de l'État. Il relève que l'économie privée reste largement tournée vers le commerce, les services, l'intermédiation et l'immobilier, et appelle à orienter davantage les capitaux qu'ils génèrent vers l'industrie, la transformation locale et l'innovation.
Il propose aussi de revisiter le patriotisme économique : une entreprise entièrement sénégalaise qui importe des produits finis contribue-t-elle davantage au développement qu'une entreprise à capitaux mixtes qui produit localement et transfère des technologies ? Pour lui, la souveraineté économique se mesure surtout à la capacité de produire et de créer durablement de la richesse sur le territoire.
« Un État stratège, pas un État distributeur de faveurs »
Abdoulaye Dieng rappelle les attentes des entreprises envers l'État : une énergie compétitive, des financements adaptés, la sécurité juridique, le paiement des marchés dans les délais et une commande publique transparente. « Nous avons besoin d'un État stratège, pas d'un État distributeur de faveurs », résume-t-il.
Mais il réclame la même exigence envers le patronat. Sans porter d'accusation, il reconnaît que la corruption, les marchés de complaisance ou les surfacturations peuvent aussi prospérer avec la complicité d'acteurs privés, et plaide pour que les organisations patronales se dotent de règles d'éthique et de prévention des conflits d'intérêts applicables à tous, dirigeants compris. « Nous ne pouvons exiger de l'État une exemplarité que nous ne sommes pas prêts à nous imposer », écrit-il.
Indépendance et solidarité
L'entrepreneur appelle les organisations patronales à préserver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir, quel que soit le gouvernement, et à pratiquer une solidarité qui ne dépende ni du statut ni de l'influence. Il propose de mutualiser les ressources des entrepreneurs pour créer des fonds d'investissement, des consortiums industriels et accompagner les PME et les jeunes créateurs.
« Le développement du Sénégal ne se mesurera pas à la fortune de quelques entrepreneurs, mais à la prospérité collective qu'ils auront contribué à construire », conclut-il. Ce texte n'engage que son auteur.






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