Le Premier ministre Al Aminou Lo a choisi l'offensive. Quarante-huit heures après le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en commission par la majorité Pastef, le chef du gouvernement a tenu ce dimanche 25 octobre une conférence de presse entièrement consacrée au texte. Entre appel au dialogue, mise en garde et piques adressées au parti d'Ousmane Sonko, il a posé les termes d'un bras de fer qui doit trouver son épilogue mardi en plénière, rapportent Seneweb et PressAfrik.
« Il arrive dans la vie d'un pays que les contraintes du présent mettent à l'épreuve les ambitions de l'avenir et que les divergences entre institutions exigent de chacune d'elles une conscience plus aiguë de ses responsabilités », a déclaré d'entrée le chef du gouvernement, appelant à dépasser les postures partisanes.
« Ne punissez pas le peuple »
Al Aminou Lo a d'abord dénoncé ce qu'il considère comme une « obstruction » au travail gouvernemental. « Il y a une nuance, cependant, profonde entre obstruction du travail gouvernemental et amendement de l'Assemblée nationale », a-t-il déclaré, rappelant que l'article 82 de la Constitution garantit aux députés un droit d'amendement, encadré par des limites en matière de baisse des ressources et de hausse des charges publiques.
« Vous voulez cette prérogative, prenez-la et assumez-la devant vos mandants, les Sénégalais », a-t-il lancé, demandant aux parlementaires des propositions précises plutôt que des « généralités ». « L'article 82 de la Constitution donne aux députés la prérogative de l'amendement. Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est de l'obstruction. Les généralités donnent de l'obstruction ; formuler un amendement vous met devant la responsabilité », a-t-il insisté, selon PressAfrik. Il a aussi agité le risque d'un épuisement des crédits de subventions énergétiques : « Si les subventions sont épuisées, aucun comptable public n'est autorisé à les exécuter. Alors, présentez vos amendements, ne punissez pas le peuple. »
Des démarches restées sans réponse, selon le Premier ministre
Le chef du gouvernement a affirmé avoir sollicité le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, dès le 8 septembre 2026 pour engager un « dialogue » et des « échanges techniques » sur les lois de finances. Il dit avoir obtenu un accord de principe, résumé par un « Je vais voir », puis relancé un vice-président le jeudi 15 octobre. Il a déploré n'avoir reçu « aucune réaction, sinon celle de m'appeler à un débat public », selon PressAfrik.
Ce face-à-face télévisé, Al Aminou Lo l'a écarté sans ménagement. « Ça ressemblait à quoi ? À une république bananière ? », a-t-il ironisé, estimant que la Constitution ne se prête pas à un tel exercice avec la deuxième personnalité de l'État en dehors d'une campagne électorale. Il dit préférer une concertation dans un « cadre feutré ».
« Je tends ma main »
Le Premier ministre a donc renouvelé son offre : se rendre à l'Assemblée nationale avant la plénière de mardi, accompagné du ministre des Finances et des autres ministres concernés. « Dès demain, si vos portes me sont ouvertes, je viens avec tous les ministres qui sont en mesure de répondre à toute question. Si vous le souhaitez le faire ce soir, mon téléphone est ouvert », a-t-il déclaré. « Je tends ma main en tant que chef du gouvernement : dès demain matin, je peux me retrouver dans le bureau du président de l'Assemblée nationale pour tout clarifier », a-t-il ajouté, avant d'insister : « Nous ne sommes pas des ennemis. Nous ne sommes pas des adversaires. L'exécutif et le législatif doivent dialoguer. »
Le défi lancé à Pastef
Réagissant à l'annonce d'une prise de parole de Pastef dans la soirée, Al Aminou Lo a interpellé directement le parti sur sa manière de communiquer. « Pour la transparence dans les narratifs, je voudrais solennellement leur demander d'ouvrir le micro aux journalistes qui assisteront à ces rencontres, comme le gouvernement l'a fait », a-t-il dit, les appelant à « transformer leur point de presse en conférence de presse. Comme ça, ce ne sera pas un sens unique ». Selon lui, les Sénégalais attendent des échanges ouverts et il est temps pour les acteurs politiques de « passer à autre chose ».
La réplique d'Amadou Ba
La réponse n'a pas tardé. Quelques minutes après la conférence de presse du gouvernement, le député Pastef Amadou Ba a pris la parole lors du point de presse de son parti. Selon Seneweb, il a estimé que le Premier ministre « devrait plutôt se concentrer sur l'essentiel » au lieu de faire une telle suggestion, jugeant que « cette question ne le concerne pas ».
Le dénouement est attendu ce mardi 27 octobre, date de l'examen du texte en séance plénière. D'ici là, la balle est dans le camp de la présidence de l'Assemblée nationale, à qui le Premier ministre dit avoir laissé son téléphone « ouvert ».






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